‹ Numa PompiliusChapitre 15 sur 131 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

aux dieux de n'avoir qu'une fille , les dieux .njen voient un tils.

En disant ces paroles, il embrasse de nouveau Numa, et fait appeler Tatia sa fille , Tatia , moins remarquable par sa beauté que par sa douceur , par sa modestie , par sa tendresse pour son père. Elle vient; Tatius lui présente Numa : Voilà ton frère, dit-il ; voilà <:t'iui que tu dois aimer comme le soutien vt lappui de ma vieillesse; voilà le fils de Pompilius dont je t'ai si souvent parlé. O jours de mon bonheur! avec quelle rapidité vous vous êtes écaulés! Numa, tu nie le rapp(;lles ce temps où , tranquille dans la Sabinie , roi chéri d'un peupl* que j'adorais, père, époux, ami heureux, je voyais couler les années entre la mère de Tatia, Pompilius et le sage pontife. Ma famille, j'appelais ainsi mes sujets, n'était point assez nombreuse pour que je ne pusse pas veiller moi-même sur chacun de mes eufans. Je les connaissais tous, j'allais souvent les visiter; et quand, avec Pompilius, j'avais parcouru mon petit État, je remerciais Jupiter d'avoir borné mon rojaume, et de ne m'avoir pas donné plus àe suffoque je ne pouvais faire d'heureux. Aujourd'hui, quel changement! exilé loin de r^a patrie, enchaîné sur un trône étranger, je gémis tous les jours

4o riUMA POMPILIUS.

Mais je te vois, je ne dois plus me plaindre. Tu resteras avec inoi,]\uina, tu me rendras • tout ce que j'ai perdu; et peut-être que les plus doux nœuds , en t'assurant ma couronne, assureront ma félicite;. J'auraii, j'aurai le temps de l'expliquer mes projets; ye ne veux songer dans ce moment qu'à jouir de ta présence.

Ainsi parle le bon roi : sa joie rend plus vif encore le plaisir qu'il trouve naturellement à déployer dans de longs discours son âme franche et sensible.

Sa fille , qui a compris ses derniers mots , baisse les jeux , et les relève bientôt sur Numa. Frappée de sa beauté , elle observe avec complaisance la douceur peinte dans ses traits , sa timidité , son air caressant , et cette grâce si touchante que donne toujours la candeur. C'était la première fois que Tatia regardait un jeune homme : elle s'en aperçoit, rougit, et reporte ses jeux sur son père.

Numa, occupé du bon roi, baisait ses mains , en lui promettant une aveugle obéissance. Ne parle point d'obéir, lui dit Tatius : j'ai été roi toute ma vie , je n'ai jamais été sensible au plaisir de commander. J'ai senti de bonne heure qu'il fallait renoncer à être aimé , si Ton voulait être craint; et j'ai préféré les amis aux esclaves. Romulus m'a aidé dans

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