‹ Numa PompiliusChapitre 16 sur 131 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

mes projets ; nous avons partagé la souveraine puissance. Romulus a gardé pour lui le commandement de l'armée, la disposition des tributs et la punition des criminels : moi, plus heureux, je suis chargé de rendre la justice , de diminuer les impôts , de récompenser les bonnes actions, enfin, mon ami, de tout ce qui approche les rois des immortels. Je crains toujours que mou collègue n'ouvre les yeux sur 1 inégalité de c partage, et qu'il ne voie à la lin que tout le bien me regarde , tandis qu'il est chargé de tout le mal. Mais , grâce au ciel , jusqu'à présent Romulus ne s'en est jioint aperçu , et , dans son aveuglement , il a l'air aussi content que moi.

Je te présenterai à ce prince dès qu'il sera revenu d'une expédition où il est engagé contre les Antemnates. Il les vaincra, je n'en doute point; car jamais guerrier ne posséda comme Romulus le courage d'un soldat avec les talens d'un capitaine. Sa taille majestueuse, son air audacieux et menaçant, sa force plus qu'humaine , et cette valeur indomptable qui lui fait tout hasarder, ne sont rien auprès de son activité. Dans une marche, dans un siège, dans une bataille , il voit tout , il est partout : il dispose, ordonne, attaque et défend à la fois. Sa tète et son bras n'ont pas un moment

dinaclion : l'un exécute toujours ce que l'autre a déterminé.

Sa fille unique, Hersilie , l'accompagne dans ses expéditions. Jamais beauté n'égala celle d'Hersilie. Tous les rois du Latium ont brûlé pour elle , tous sont venus mettre leuis diadèmes à ses pieds : mais la fière princesse les a dédaignés. Accoutumée aux armes dès l'enfance, digne fille de Ilomulus , elle s'est vouée aux exercices de Pallas. Le casque en tête, la lance à la main, elle suit son pèie dans les combats : sa main délicate sait guider un puissant coursier qui blanchit le frein de son écume , et s'étonne d'obéir à un maître dont le poids lui semble si léger. Désarmée , elle est encore plus redoutable : ces mêmes mains qui savent se servir d'une ëpée savent aussi bien tenir une lyre ; et , mêlant des accords mélodieux aux sous touchans de sa voix , elle chante les exploits de son père après avoir partagé ses périls.

Tels sont Romulus et sa fille. Je ne t'ai

point affaibli leurs brillantes qualités Que

ne puis-je ajouter encore un long éloge de leurs vertus ! mais les conquérans les méprisent, et Romulus ne sait estimer que la valeur. Sa fille , élevée par lui dans le tumulte des :amps , sa fille n'a pu se défendre d'un peu de

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