LIVRE IL
qui couvre son front. Numa le rassure en balbutiant. Hersilie le regarde : cette pâleur disparaît; une vive rougeur la remplace; il ne peut prononcer un seul mot ; et ses yeux , qui s'élèvent doucement jusqu'au visage de la princesse , retombent toujours vers la terre avant d'y être arrivés. /
Le bon roi , trop vieux pour se souvenir encore des premiers effets de l'amour , sourit de tant de timidité : il s'efforce de l'excuser auprès d'Hersilie , en lui apprenant l'âge de Numa, l'éducation qu'il a reçue. Il saisit cette occasion de parler des vertus de Tullus , de celles de son aimable élève ; il se plait à faire un long éloge du fils de Pompilius.
La princesse l'écoute avec plaisir ; elle regarde Numa , que sa rougeur embellit encore ; elle pénètre mieux que Tatius la cause du trouble qui l'agite : pour la première fois elle est flattée d'avoir inspiré de l'amour. Cependant elle quitte Tatius ; et, dans ce moment, ses yeux se rencontrent avec ceux du tendre IVuma. O combien ce regard pénétra leurs âmes I combien il fut éloquent pour tous deux ! Numa y puisa l'espérance ; Hersilie y puisa l'amour.
Dès ce moment, le fils de Pompilius n'est plus à lui. Uniquement occupé d'Hersilie, ou
9uma. S
5c >'UMA POMPILIUS.
il la voit , ou il la cherche : pendant le jour il suit ses pas ; pendant la nuit il songe à elle. Il ne pense plus au hon roi , il oublie Tullus et ses leçons ; la vertu , la gloire , tout ce qui transpcutail sonâme, n'a plus de charme pour lui. Hersilie , Hersilie, il ne voit qu'elle dans l'univers ; Hersilie est le seul objet de ses pensées , l'imique but de ses actions : son cœur , son esprit , sa mémoire , toutes ses facultés lui suffisent à peine pour Hersilie ; son cœur ne peut plus produire d'autre sentiment que l'amour.
O malheureux jeune homme . il n'est donc plus d'espérance! Un seul jour, un seul moment a détruit le fruit de tant d'années de leçons. Le voilà, ce favori de Cérès , ce hls de Pompiiia, cet élève du vénérable Tullus , cet exemple de sagesse réservé à de si hautes destinées.; le voilà devenu le jouet d'une passion effrénée , l'esclave de désirs insensés ! Il rejette tous les dons que lui prodiguait le ciel pour courir après une vaine apparence de bonheur qui fera le tourment de sa vie. Son ccairage est abattu , son esprit aliéné ; son corps a perdu sa force : il n'a ni vertu , ni raison ; il va périr , comme un frénétique, sans connaître le m:(l qui le fait expirer.
Cependant Romulus, vainqueur f.les An-