LIVRE TROISIÈME
NoiA, brûlant d'amour pour Hersilie, veut la suivre dans les combats. Tatius lui donne des armes , et va le présenter à l'arme'e. Transports des vieux soldats sabins en voyant le fils de Pompiliu?. Tatius veut le suivre à la guerre; mais le peuple, conduit par Tatia, fait changer cette résolution Départ et marche de Tarmée. Romulus joint son allié le Toi de Campanie, Description du camp de ce prince. Romulus se sépare de lui. Arrivée et discours des ambassadeurs des IMarses,
JLe triomphe de Romulus acheva d'enivrer Numa. Son âme, déjà en proie à tous les feux de l'amour, s'enflamme encore au nouveau spectacle qui la ravit. La gloire, avec tout son éclat , vient se présenter à lui comme le plus sûr mojen de mériter Hersilie. A peine a-t-il conçu cet espoir , que Numa bvûle d'être un héros; et deux passions, dont l'une suffit pour transporter une grande âme, se réunissent et embrasent son jeune cœur.,
Tatius rentre dans son palais. Numa le suit en soupirant. Il voudrait tout lui révéler ; mais il craint les reproches du bon roi : il le
regarde et se tait. Comme on voit un enfant timide suivre sa mère à pas inégaux, la retenir doucement par son voile , fixer sur elle des yeux noyés de pleurs , et lui demander , sans rien dire , de le porter dans ses bras : ainsi Kûma suivait Tatius.
Le bon roi s'arrête , et lui ouvre son sein ; Parle , mon fils , lui dit-il . que puis-je faire pour toi ? Tes désirs seront satisfaits , pour peu qu'ils soient en ma puissance.
O mon père , lui répond Numa , le ciel m'est témoin que je parlais d'après mon cœur quand je formais le projet de consacrer ma vie eutière à prendre soin de votre vieillesse, à m'euorcer d'acquérir vos vertus : mais j'ai vu triompher Roraulus , et j'ai senti naître dans mon âme un sentiment qui m'était inconnu. L'amour de la prloire m'enflamme , la soif des combats me dévore. Oui, je suis de votre sang, je suis le fils de Pompilius. A mon âge , vous et mon père aviez déjà gagné des batailles ; à mon âge , vous aviez ceint vos tètes de ce laurier dont je suis affamé: et moi, fils inconnu du brave Pompilius , moi , le parent, l'ami du vaillant roi des Sabins, je nai encore immolé que des victimes! O mon père ! j'embrasse vos genoux : permettez que je vous imite; souffrez que je suive Ilomulus, que je
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devienne un licvos comme vous et comme mon père.
En prononçant ces paroles, il se Jette aux pieds du vieillard , et baisse la tcte pour cacher sa rougeiir.
Rassure-toi, lui dit Tatius; je te pardonnerais même >une faute, comment pourrais-je te punir d'un sentiment que j'estime? Hélas! ma tendresse pour toi m'aurait fait préférer sans doute de te voir couler une vie paisible à l'abri de mon trôn*^ et dans mon sein paternel : mais je suis Sabin ; comme toi , je sais combien la gloire a de charmes. Numa , ton courage me plaît : je verse pourtant des pleurs ea te voyant, si jeune encore, vouloir afl'ronter les hasards de la guerre la plus dangereuse que Romulus ait entreprise; car, je ne veux pas te le cacher, les ennemis qu'il a vaincus ne sont rien auprès de ceux qu'il va combattre. Les terribles Marses , indomptés jusqu'à ce jour ,. sont des sauvages d'une taille gigantesque et d'une force prodigieuse : ils sont armés de massues semblables à celle du grand Alcide; et l'on dit qu'ils trempent leurs flèches dans des herbes venim.euses nées sur les bords de l'Averne. Chaque blessure donne la mort : et quelle douleur pour moi !.. ..
Quelle gloire , intcvompt Numa en se re*
levant , quel bonheur pour votre fils d'apprendre ce noble métier contre de si dignes adversaires ! Vous vojez à présent que je suis le favori des dieux, puisqu'ils m'inspirent de suivre Romulus au moment où Romulus va courir ies plus grands périls. O mon père I c'en est fait : ce que vous venez de m'apprendre me détermine ; et l'honneur vous fait une loi de me laisser voler aux combats.
En achevant ces mots , une flamme céleste brille dans ses jeux ; l'accent de sa voix devient plus fort , plus énergique ; sa taille , tous ses mouvemens , prennent un air de noblesse et d'audace : tel Achille , déguisé en femme parmi les filles de Lvcomède , s'élança sur l'épée qu'Uljsse fit briller à ses yeux, et découvrit son sexe et son courage par un transport involontaire.
A ce mouvement de Numa , Tatius éprouve lui-même une émotion dont il n'est pas maître : Oui , mon fils , s'écrie-t-il pleurant de joie , tu iras combattre les Marses , et ton père t'accompagnera. Oui , je te guiderai dans les batailles; je te donnerai les premièi-es leçons de l'art des héros. Ne pense pas que la vieillesse ait épuisé toutes mes forces : cette main peut encore lancer un javelot; ce bras peut soutenir un bouclier. Kestor, plus vieux que