LIVRE III
moi , apprenait à vaincre à son cher Antiloque : je ne vaux pas Nestor; mais il n'aimait pas mieux son Dis.
Il dit : Numa se jette dans ses bras : il est prêt à lui découvrir sa passion pour Hersilie; mais, daus la crainte d'affaiblir l'estime dubon roi en lui avouant que la gloire ne règne pas seule en son coeur, il remet à un autre temps un aveu si difficile.
Tatius , occupé de son nouveau projet , court redemander aux prêtres de Jupiter ses vieilles armes qu'il avait consacrées au dieu. Il les revoit avec les mêmes transports qu'il éprouvait daViS sa jeunesse. O Jupiter, s'écrie-t-il , si le sang de mes nombreuses victimes a ruisselé sur tes autels, si mon cœur ne t'a jamais offensé , môme par des pensées criminelles , rends-moi , rends-moi pour quelques instans la force que j'avais autrefois quand le farouche Rhamnès vint attaquer les Sabins à la tête de ses Hemiquesl II méprisa ma jeunesse, il me défia au combat ; et , me lançant un énoiine javelot qu'aucun homme d'aujourd'hui ne pourrait lancer, il crut fixer mon corps à la terre : mais j'évitai ce terrible coup ; je me précipitai sur Rhamnès, et trois fois j'enfonçai dans son flanc mon épéc toute fumante. O Ju-
6o NUMA POMPILIUS.
piter î encore quelques jours de gloire , je descendrai content dans le tombeau.
Tels sont les vœux de Tatius. Sa fille est à peine instruite de son dessein qu'elle "vient le supplier d'j l'enoncer. Ses prières, ses larmes sont vaines : l'infortunée Tatia voit détruire dans un moment toutes les illusions de bonheur qu'elle s'était formées. Elle ne s'est qu.; trop aperçue de la passion de Numa : sans se plaindre , sans s'avouer à elle-même ses chagrins , en pleurant le départ d'un père , elle pleure encore d'autres douleurs.
Numa ne songe qu'à Hersilie et aux apprêts de son départ. Il n'a po'nt d'armes ; l'épée de Pompiliu-^ est la seule qu'il possède : Tatius va choisir lui-même dans le^ arsenaux de Romulus une cuirasse étiacelante , dont le métal est incrusté d'or. Le casque , encore plus magnifique, est surmonté d'un sphinx d'un admirable travail; deuî panaches couleur do pourpre flottent au-dessus de ce sphinx. Le bouclier , composé de sept cuirs de bœuf revêtus de quatre feuilles d'or, d'argent, de cuivre et d'étain, fut fait jadis pour le roi Procas par l'habile Égéon , qui représenta sur ce bouclier l'histoire du pieux Énée.
Content de ces armes, Tatius les fait porter devant Numa : elles rendent un son terrible