LIVRE m. rv
»avez ; quaud nos victoires sont achetées avec le sang des citoyens , les pères , les enfans malheureux , les tristes veuves viennent se réfugier près de vous; elles pleurent dans votre sein; vous pleurez avec elles , leur deuil est moins douloureux. Que deviendront ces infortunés, quand, loin de vous avoir pour consolateur^ il leur faudracraindre pour vos propres joui"3 ? Eh! qu'allez-vous chercher dans les combats ? que manque-t-il à votre gloire ? nous vous vénérons comme un dieu, nous vous chéiissons comme un père : que vous faut -il de plus? quels Liens plus grands peut vous procurer la victoire? Pour aller faire des esclaves, vous abandonnez vos enfans 1
Ainsi parlait un vieillard. Tatius fondait en larmes : il regarde Numa , il regarde ses vieux guerriers. Numa et les vieux guerriers tombent à ses genoux, en joignant leurs prières aux instances du peuple. Tatius n'hésite plus : il jette son casque , sa lance ; et embrassant le vieillard qui lui avait parlé : C'en est fait,' s'écrie-t-il , il n'est de gloire pour moi que celle de vous être utile. J^ ^i vous quitterai que pour le tombeau.
A ces paroles, mille cris s'élancent vers le ciel ; tous remercient les dieux , tous bénissen l le bon roi; et la tendre Tatia, qui jusqu'alors
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s'était cachée dans la foule , Tatia vient se jeter dans les bras de son père. Vous n'aviez pas cédé âmes larmes , lui dit-elle , mais j'étais sûre que vous céderiez à celles de votre peuple. C est jnoi qui l'ai rassemblé ; c'est moi qui l'ai averti du malheur qui le menaçait , et je suis loin d'iètre jalouse de la préférence qu'il obtient sur moi-.
Tatius serre sa fille contre son sein , embrasse en pleurant le jeune Numa, lui dit adieu, et recommande à ses vieux Sabins de conserver, de défendre le trésor qu'il leur confie. Tatia , Ves -veux baissés , seiTorce de prendre une voix assurée pour souhaiter à ]Vuma la gloire et le bonheur qu'il désire.
Enfin le signal se donn€ ; le bon Tatius soupire en vojant déiiler l'armée. Numa lui tend les mains de loin; le peuple, transporté ■ de joie, prend dans ses bras et reporte dans Rome ce roi dont la présence le console de tous ses maux.
L'aimée est en marche sur trois colonnes. La première, composée de légions romaines, ne reconnaît de chef que Komulus. Mais ce prince n'a point de poste fixe : monté sur un coursier de Thrace qui semble jeter du feu par les yeux et par les naseaux , il va , vient , vole ; il est partout, et laisse le commandement des