LIVRE III
suv tous les visages. Chaque guerrier, ferme dans son poste , a les jeux sur son chef, et voudrait, pour obéir plus vite, deviner l'ordre qu'il va donner. Le fer, l'airain brillent partout : si l'or et l'argent ornent quelques armes, ce sont celles des princes ou des généraux ; la naissance ou la valeur a mérité cette distinction. A la suite de l'armrée on ne voit ni femmes ni richesses, mais des chevaux pour remplacer ceux qui périront , des armes, pour suppléer à celles qui seront brisées , des secours pour les blessés. Chaque soldat porte avec lui sa tente , ses vivres , ses armes ; aucun n'est fatigué ni de ce poids ni de la route.
Leur vaillant roi se promène lentement au milieu de sa superbe armée : il observe, sans lui parler, le souverain de Capoue; et prenant la javeline du dernier de ses soldats, il la met dans la main de ce loi. Ce poids était trop fort pour le monarque , il la laissa tomber en rougissant. Romulus rompit alors le silence.
Roi de Capoue , je vous laisse juger si vos troupes et les miennes peuvent combattre sous le même étendard : les fiers lions et les agneaux timides n'ont pas coutume de s'unir. Votre armée m'affaiblirait. Les Romains, dont l'habitude est d'attaquer toujours l'ennemi, per-
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(liaient la moitié de leurs forces à défendre leurs alliés. D'ailleurs un danger plus certain me menace : l'air infecté qui règne dans votre camp pénétrerait dans le mien : l'indigne mollesse , plus redoutable que tous les fléaux, viendrait énerver mes soldats. Alors , nous aurions beau remporter la victoire, ce serait moi qui resterais vaincu. Roi de Capoue, votre alliance m'est chère; mais la gloire de mon peuple me l'est davantage. Si vous voulez que nous restions amis , séparons-nous : éloignez de moi ce dangereux camp; et, si vous ne pouvez forcer vos sujets à devenir des hommes , empêchez du moins qu'ils ne corrompent ceux qui le sont.
Ainsi parla Romulus : le jeune Capis, fils du roi de Campanie, prince digne d'être Romain, baissait les yeux en rougissant de honte. Son père, terrassé par cet ascendant qu'a toujours un grand homme sur un roi ordinaii'c, demande à Romulus de lui tracer sa conduite, et promet de suivre ses conseils.
Je sais, lui répond Romulus, cpie les Samnites sont en marche pour venir au secours des Marses; mais la ville d'Auxence est sur leur route, et Auxence est en votre pouvoir. Allez vous enfermer dans ses murs , pour les défendre en cas d'attaque. Ne gardez avec vous que le
tiers de vos troupes ; envoyez le reste au-devant des Saninîtes, sous la conduite du meilleur «le vos généx'aux. Défendez-lui surtout d'en venir aux mains avec ce peuple redoutable : vos soldats ne pourraient leur résister; mais que votre armée harcelé la leur; qu'en évitant le combat elle fatigue les Samnites , et empêche leur jonction avec les Marscs.
Moi, pendant ce temps, je vais attaquer ces derniers; avec le secours de mon père, je ne doute pas de la victoire. Alors votre général laissera le chemin libre aux Samnites , qui s'avanceront sur Auxence, et se trouveront enfei-més entre cette ville, votre armée et la mienne. Leur défaite inévitable terminera la guerre dans un jour.
11 dit; le jeune Capis se jette aux pieds de l'.omulus : O roi que j'admire, et que je respecte à l'égal de Mars votre père, souffrez que le fils du roi de Capoue combatte sous vos enseignes! Je veux apprendre le dur métier des héros : eh! quel meilleur maître puisje choisir? Songez, fils d'un Dieu, que, foinié par vous, je pourrai former à mon tour les sujets de mon père ; et la gloire d'en faire des Romains ne sera due qu'à vous seul.
Le roi de Rome, touché de ces paroles, relève Capis, et lui donne sur-le-champ une
^ NUxMA POM.PILIUS.
cohorte à commander. Capis,plus fier d'être officier de Piomulus que d'être prince de Capoue, baise les mains de son général, fait ses adieux à son père , et court occuper son poste. Le roi de Campanie part au moment même pour aller s'enfermer dans Auxence avec dix mille guerriers. Le reste de son armée , sous la conduite d'un Grec qui serrait le roi de Capoue , marche à la rencontre des Samnites.
Romulus , impatient de commencer la guerre, veut aller, avant la nuit, asseoir son camp au-delà du Liris. Il trouve un gué; il se prépare à le passer, lorsque des ambassadeurs des Marses se présentent devant lui. Leur aspect est vénérable : une longue barbe descend sur leur poitrine; leur tète chauve n'a plus que quelques cheveux blancs ; un vase de bois est dans l'une de leurs mains, dans l'autre une flèche brillante. Ils s'avancent d'un air grave et fier.
Roi de Rome , dit le plus âgé , qu'j a-t-il entre toi et nous ? avons-nous désolé tes terres ? avons-nous menacé ta ville? Qui es-tu? que veux-tu? que demandes-tu?, Le roi de Campanie nous attaque en revendiquant des droits chimériques sur nos États; il en sera puni. tious ne te connaissons pas ; tu n'as jamais