‹ Numa PompiliusChapitre 33 sur 131 · LIVRE IV. 8i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 8i

ment , poussent de grands cris , les uns en faveur de Liger, les autres pour Penthée ; la cavalerie veut Aulou, les avcliers demandent Astor.

Les quatre héros se regardent d'un œil farouche : déjà l'aigreur se met dans leurs discours, déjà la colère enflamme leurs visages. D'abord chacun vante sa naissance et ses exploits; il rabaisse bientôt ceux de ses rivaux. L'injure à la tête altière vient se placer au milieu d'eux : ils se menacent, ils se défient; Astor saisit une flèche , Penthée balance son javelot , Liger prépare son disque , le féroce Aulon lève sa terrible hache.

Aussitôt le prudent Sophanor, le plus âgé des sénateurs , se jette au milieu d'eux , et les arrête: Qu'allez-vous faire? s'écrie-t-il ; voulez-vous donc assurer la victoire aux Romains , en ôtant aux Marses leurs défenseurs ? Quoi î le vain désir de commander l'emporte dans vos cœurs sur l'amour sacré de la patrie ! Eh ! que deviendra-t-elle , cette malheureuse patrie , si ses plus dignes enfans tournent leurs armes contre eux-mêmes? Gardez-vous de penser qu'aucun intérêt personnel m'anime; je ne me plains pas de vous voir prétendre à un rang qui était dû peut-être à mes services , et siérait bien à ma vieillesse. La gloire n'est

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pas à commander ses égaux; elle est à vaincre les ennemis : chaque goutte de sang perdue dans toute autre querelle est un vol fait à l'Etat. Ah! si la soif de ce sang vous dévore, en attendant les Romains , tournez vos javelots contre moi. J'ai trop vécu , puisque je vois des héros , des frères prêts à s'égorger. Frappez , Marses ; mais auparavant écoutez mes conseils. ^ otre valeur est égale ; votre naissance , vos exploits vous illustrent également : ce sont ces bienfaits du ciel qui causent aujourd'hui vos querelles. Vous manquez de chef ; chacun de vous mérite de l'être : c'est donc à la force du corps à décider ce que l'égalité des courages ne déciderait jamais Qu'on attache une chaîne de fer au haut de ce peuplier antique : celui devons qui, tenant cette chaîne , rompra l'arbre ou le fera plier jusqu'à la- terre , celui-là sera notre général.

Il dit, l'armée et le peuple applaudissent» Les prétendans déposent leur» armes , et jurent enti'e les mains de Sophanor d'obéir à celui qui restera vainqueur^ A l'instant même quatre Marses montent à la cime du haut peuplier; ils y attachent avec de forts liens une longue et pesante chaîne , dont les larges anneaux déployés descendent jusqu'à la terre en rendant an horrible son.

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