‹ Numa PompiliusChapitre 34 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Les vieillards se placent pour juger; les trompettes vont donner le signal; mais une voix se fait entendre , et l'on voit s'avancer un jeune Marse d'une taille haute et majestueuse, d'un visage noble et doux. Il est couvert d'une superbe peau de lion, dont les griffes d'or se croisent sur sa poitrine. La tête de l'animal, où sont encore attachées ses dents blanches et luisantes , forme le casque de ce guerrier. Des brodequins défendent ses jambes demi-nues ; son bras nerveux porte une massue armée de nœuds et de pointes de fer. Jeune et beau comme Apollon , fier et grand comme le dieu Mars , il marche d'un pas léger jusqu'au milieu de rassemblée. Là. il s'arrête, s'appuie sur sa massue, regarde 'es vieillards avec respect , et leur adresse ces paroles :

Tant que j'ai 'cru , sages sénateurs, que la prudence et les talens guerriers devaient être les premières qualités d'un général , je me suis gardé de prétendre à un honneur dont mon âge me rendait indigne. Vous décidez aujourd'hui que la force seule doit donner ce rang; je me présente pour le disputer. Je ne sais , comme mes nobles rivaux , me prévaloir de ma naissance : Marses , je n'ai point d'aieux. Mais cette peau de lion dont vous me voyez revêtu a couvert le grand Alcide ; cette ma»-

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sue terrassa l'hjdre de Leme ; voilà mes titres de noblesse : mon courage et ma force , voilà mes droits pour tenter l'épreuve. Les Romains jugeront de l'un ; vous , Marses , vous jugerez de l'autre.

Ainsi parla le magnanime Léo : toute larmée pousse des cris de joie. On tire au sort le rang que garderont entre eux les cinq prétendans. Le nom de Penthée est le premier , ensuite celui d'Astor ; Liger le suit ; Aulon vient après ; Léo sera le dernier.

Les trompettes sonnent : le vaillant Penthée saisit la chaîne : il la secoue fortement; mais le tronc du peuplier reste immobile , sa tfcte en est à peine ébranlée. Penthée , indigné, s'épuise en vains efforts : couvert de sueur et plein de dépit, il quitte la chaîne, et va se cacher dans son bataillon. •

Astor, l'aimable Astor s'avance , et le désir brûlant de commander lui fait oublier d invoquer son maitre Apollon. Le dieu mécontent abandonne l'ingrat disciple; sur-le-champ le bel Astor perd la moitié de ses forces. C'est en vain qu'il se roidit en tirant à lui la chaîne; les feuilles du haut peuplier n'en sont pas même agitées.

Liger, plein de joie, s'élance vers l'arbre; il passe une main dans un des anneaux de la

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