‹ Numa PompiliusChapitre 36 sur 131 · LIVRE IV. O · texte numérisé non relu

LIVRE IV. O

la force doit obéir à la sagesse. Je vous commanderai sans doute , mais Sophanor me commandera, Sophanor a fait plus de campagnes qu'aucun de vous n'a vu de combats : c'est à son expérience à guider nos jeunes courages. Sophanor, sois notre tête, que Léo soit ton bras. En disant cela, il fléchit un genou devant Sophanor.

Les Marses surpris croient voir un dieu dans Léo; Sophanor verse des larmes d'admiration : non , mon fils , s'écrie-t-il , c'est à toi d'être notre chef. Eh I que ne feront pas les Marses conduits par un autre Alcide? Mon fils , tu n'as pas méprisé ma vieillesse : les dieux t'en récompenseront par des victoires. Je te les prédis d'avance; et je rends grâces aux immortels de ce qu'ils m'ont encore laissé un peu de sang pour le lépandre à tes côtés , et un peu de voix pour célébrer tes louanges.

Mon père, lui répond Léo, c'est pour toi que j'ai tenté l'épreuve ; c'est pour te faire triompher que les dieux m'ont accordé la victoire. Marche à notre tête ; je te le demande , je t'en conjure : si mes prières ne suffisent pas , souviens-toi que tu as juré d'obéir, et je t'ordonne de me conduire.

Ces paroles décident le vieillard. Il accepte le commandement, mais il exige que Léo soit-

son collègue. L'armée les proclame tous deux. Le vieux Sophanor paraît bientôt couvert d'une antique armure. Son âge, son air vénérable , sa longue barbe blanche , inspirent le respect ; son jeune collègue imprime la terreur. Tous deux rangent les troupes , disposent la marche , et n'attendent plus que les alliés.

Ils arrivent : les Péligniens, les Amiternes, les peuples de Frentanie et de Caracène descendent des Apennins , et viennent se joindre aux Marses. Sophauor, pour donner le signal du départ, fait élever dans l'air l'image du dragon que les Marses suivent aux combats.

Mais un horrible prodige arrête et glace d'effroi toute l'armée. Un aigle paraît au milieu des cieux, tenant dans ses serres cruelles un épouvantable dragon, qui, tout sanglant, respirant à peine, se replie, se débat encore, lance son triple dard, et cherche à blesser l'oiseau de Jupiter. Tous les soldats immobiles attendent dans le silence quelle sera la fin de ce combat ; mais , au bout de quelques instans , l'aigle victorieux perce de son beo terrible les écailles verdàtres de son ennemi , et le rejette sans vie au milieu des bataillons Hiarses.

Quel présage pour ces guerriers I Léo , qui

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