LIVRE IV
les voit tous pâlir, saisit le premier arc qu'il rencontre, fixe l'aigle vainqueur, le suit de l'œil dans la nue , lui décoche une flèche acérée, et le fait tomber à ses pieds. Ainsi j'abattrai l'aigle romaine , s'écrie-t-il ; ainsi je vengerai les peuples qu'elle voudrait asservir. Marses , ne redoutez plus rien : le meilleur des augures , c'est la justice de sa cause. Vous combattez pour la patrie , et Romulus pour l'ambition : marchez , les dieux sont pour vous.
Ces paroles, son action, chassent la crainte de tous les cœurs. Les Marses ranimés font retentir les airs de mille cris : tous se croient invincibles avec Léo. L'armée, pleine d'espoir et de joie , s'avance à grandes journées.
Elle rencontre les Romains dans la plaine de Lucence, bornée au nord, à l'orient, par des collines, au midi, à l'occident, par des forêts. Romulus, maître des bois, avait dressé son camp sur leur lisière ; Sophauor et Léo viennent asseoir le leur au pied des montagnes : le fleuve Fucin sépare les deux armées.
Aussitôt Romulus s'avance jusque sur la rive, et reconnaît la position des ennemis. Il examine le terrain qu'ils occupent, le compare avec le sien . mesure des ^eux la plaine ,
remarque jusqu'au moindre buisson , fait sonder le Fucin , s'assure d'un endroit où il est guéable. Certain de toutes ses observations , il revient dans sa tente , assemble ses cbcfs , et leur annonce que le lendemain , au lever de l'aurore, il tentera le passage du fleuve. Ses capitaines paraissent surpris; mais llomulus , en peu de mots , leur explique l'ordre de l'attaque, la place où chacun combattra , celle où il attirera l'ennemi , ce qu'il doit faire s'il est vainqueur, ses ressources s'il est repoussé; il leur prouve enfin qu'il a tout disposé pour une victoire certaine , et tout prévu pour une défaite.
Seç vieux généraux l'admirent :]Suma, ivre de joie , ne peut contenir ses transports. Le voilà donc venu ce jour qu'il dé-ire depuis si long-temps I cet heureux jour où il pourra se montrer digne d'aimer Hersilie I Le fougueux amant vole au quartier des Sabins; il parcourt leurs tentes en appelant chaque chef, chaque soldat par son nom ; il leur annonce la bataille, les embrasse, les caresse, compte en soupirant les heures qui doivent s'écouler avant le combat; et, dans l'ardeur qui l'en- (lamme , ii murmure contre llomulus de ce qu'il ne tente pas h l'instant même le passa^jc 'lu fleuve. * *