‹ Numa PompiliusChapitre 38 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Tandis que Numa se livre sans réserve aux sentimens qui l'agitent, il voit rentrer dans le camp un détachement romain qu'on avait envojé surprendre un village. Hélas ! cette crueïle commission n'avait été que trop Lien exécutée. Les Romains ramenaient avec eux des femmes , des enfans , des vieillards éplorés. Les mains de ces malheureux étaient attachées derrière leurs dos ; ils marchaient la tête baissée, l'œil morne et nojé de pleurs. La mère, la fille, l'époux, levaient l'un sur l'autre des regards timides; ils n'osaient se parler ; ils faisaient de vains efforts pour se rapprochei: et mêler leurs larmes ; mais les farouches soldats leur refusaient cette faible joie; ils pressaient leurs pas tardifs avec des menaces , avec le bois de leurs lances , quelquefois avec le fer ensanglanté. Les barbares ! ils étaient moins inhumains pour les animaux qu'ils conduisaient pêle-mêle avec leurs captifs : ils maltraitaient des vieillards et des femmes, et ménageaient avec soin l^s bœufs et les moutons qn ils leur avaient enlevés. '

Numa ne peut soutenir ce spectacle. 11 quitte tout , il oublie tout , pour Toler au secours de ces malheureux. Ils étaient déjà devant le pavillon royal, où, confondus" av. c

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leurs troupeaux, ils attendaient qu'on ordonnât de leur sort. ]\uma va se jeter aux pieds de Romulus. O mon roi ! s écrie-t-il , regarde les horreurs que l'on commet en ton nom : regarde ces infortunés arrachés de leurs asiles, chargés de fers et d'outrages. Ehî qu'ont-ils fait? quel est leur crime ? Ahl terrassons tes ennemis , immolons ceux qui te résistent, que le sang coule dans les combats , les périls excusent la cruauté. Mais attaquer des malheureux qui ne se défendent pas, mais vaincre des vieillards, des femmes, et leur insulter quand ils sont vaincus; c'est une lâcheté, c'est une barbarie que les immortels doivent punir. Fils d'un dieu, c'est à toi d'en faire justice; délivre ces captifs, renvoie -les dans leurs maisons, rends-Ieur.T.' .

•Teune homme, interrompt Romulus, j'ai pitié de ton ignorance. Ces esclaves , ces troupeaux ne sont point à moi; ils appartiennent à mes guerriers : c'est le prix de leur valeur, de leurs travaux et de leur sang. Avant d'être humain pour mes ennemis , il faut que je sois juste envers mes compagnons. Je dois partager ces esclaves entre les chefs de mon armée; ils en disposeront ensuite; et pour qu'aucun n'ait à s«? plaindre, le sort réglera les portions.

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