‹ Numa PompiliusChapitre 39 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Eh bien I reprend Numa en se relevant , je fuis un de vos chefs, je dois être admis aoi partage.

Romulus reconnaît ses droits. On apporte l'urne des sorts, et l'on voit s'avancer, pour avoir part au butin, les différens chefs de l'armée, semblables à une meute courageuse qui vient de forcer un jeune cert : elle respecte sa victime tant que son maitre est auprès d'elle; mais , l'œil ardent , la gueule béante , elle attend qu'on la lui livre , en haletant de fatigue et de joie.

Cérès, qui veillait sur Numa, et qui applaudissait du haut du ciel à son humanité , Cérès dirigea les sorts , et lui fit tomber en partage la plus nombreuse portion.

Numa s'empare de ses prisonniers, se fait suivre de ses troupeaux, et marche vers l'épaisse forêt qui environnait le camp. Là, il élève un autel de gazon , le couvre de bois pour consumer la victime, choisit une génisse blanche , répand du lait entre ses cornes , l'immole, et, la mettant toute entière sur le bûcher, avant d'en approcher le feu, il adresse cette prièi'e à Cérès : Fiilc de Jupiter, je vous offre cette victime ; mais malheur à Numa s'il pensait que le sang d'une génisse suffît pour lui attirer votre appui. Non, ce n'est point

en égorgeant les animaux que l'on se rend le'dieux favorables; un malheureux soulagé leur est plus agréable qu'une hécatombe. Recevez donc , ô Cérès I une offrande plus digne de vous. Alors il se retourne vers ses captifs : infortunés , leur dit-il , je vous rends la liberté. On vous a dépouillés de vos biens, prenez du moins ceux que je possède ; je vous donne tous ces troupeaux : partagez-les entre vous , retournez dans vos maisons , et bénissez le nom de Cérès : c'est elle qui vous délivre.

Il dit : ces malheureux ne savent si c'est un songe; ils restent le cou tendu, les mains jointes , la bouche ouverte. Numa parlait encore qu'une flamm« céleste descend sur sa tête , tourne trois fois autour de sa chevelure, et va mettre le feu au bûcher qui soutenait la victime. Aussitôt le bois s'embrase; sa flamme longue et brillante s'élève vers le ciel, le tonnerre gronde , fend la nue , et un bouclier d'or tombe aux pieds de Numa. Au même instant, une voix forte comm£ le cri d'une armée prononce ces paroles : Le possesseur de ce bouclier sera toujours invincible. Numa, les dieux veillent sur toi : on ne leur plaît, on ne leur ressemble qu'en exerçant l'humanité. Alors le tonnerre se tait, le calme. revient dans les airs, la victime n'est plus qu un monceau de cendre;

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