‹ Numa PompiliusChapitre 40 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

et une otlcur d'ambroisie répandue tout alentour annonce que c'est une divinité qui est venue parler à Numa.

Numa , jusqu'à ce moment prosterné contre la terre , se relève , et sent dans son cœur cette joie si douce que laisse toujours une bonne action. Il examine le bouclier céleste : il était d'or pur , échancrc à la manière des Thraces. On y voyait représentés par un travail admirable tous les événemens du règne d"Astrée, de ce beau règne, plus effacé qu'aucun autre de la mémoire des hommes , parce que le bien s'oublie aisément. D'un côté l'on voyait un peuple que la famine affligeait recevant d'un peuple voisin la moitié des biens qu'il possède : là c'étaient des frères diminuant de concert leur héritage pour former un champ à l'orphelin qu'ils ont rencontré : plus loin , un père de famille , à la tète de ses enfans , faisait la moisson, et allait secrètement arracher des épis aux gerbes pour les jeter sur les chemins des. glaneurs. Partout le bouclier céleste présentait des actions de bienfaisance ou de vertu. L'ouvrier immortel avait jugé sans doute que c'est surtout au milieu de la guerre qu'il faut rappeler aux hommes l'humanité.

Pendant que Nunià , surpris, admirait un si beau travail, les captifs qu'il avait sauvés

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formaient à se5 pieds un tableau digne d'être sur le bouclier céleste. A genoux devant Kuma , les mains tendues vers le ciel , ils témoignaient , par leurs larmes , par des mots entrecoupés , leur reconnaissance et leur joie : les mères élevaient leurs enfans pour qu'ils vissent leur libérateur ; les épouses venaient baiser ses habits ; les vieillards lui présageaient les plus belles destinées ; tous le bénissaient en pleurant , tandis qne le plus âgé d'entre eux , perçant la foule , s'approche , courbé sur un bâton noueux, et tient ce discours à ]N"uma :

Jeune homme, que les dieux te rendent tous les biens que tu nous as faits I Nous n'avons jamais été les ennemis de ton peuple : nous sommes de pauvres pasteurs vivant sur de hautes montagnes entre les Marses et les Herniques , indépendans de ces deux peuples , souvent opprimés par eux. Nous l'avions dit aux soldats de Uornulus ; mais ils nous ont traités en ennemis , quoique certains que nous ne l'étions pas : toi , tu nous as crus tes ennemis, et tu nous traites en frères. Va , les dieux îe protégeront : ils t'éprouveront peut-être , mais tu ne succomberas pas. Adieu; souviens -toi des Rhéates; c'est ainsi que nous nous: appelons : si jamais tu viens dans nos montagnes ,

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