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Sabincs alarmées se jettent dans les bras de leurs pères , de leurs frères , de leurs époux : mais les farouches soldats de Romulus s'élancent au milieu de l'arène ; et, le glaive à la main , les veux ardeus , menaçant les hommes , flattant les femmes, ils enlèvent les Sabincîs comme des loups affamés emportent des brebis tremblantes. Vainement ces infortunées jettent des cris perçans et demandent la mort ; vainement nos citoyens furieux , oubliant qu'ils sont sans défense , se précipitent sur les ravisseurs , les-saisissent , luttent avec eux , leur arrachent leurs épées, et rougissent la terre du sang romain : les Romains , plus nombreux , immolent ceux qui résistent , mettent en fuite tout le reste , vont cacher dans Rome leur pro^; tandis que nos Sabins , désolés , sanglans^ couverts de blessui*es , accablés de douleur et de honte , reviennent à Cures annoncer cette affreuse nouvelle et préparer la vengeance.
Dès le premier instant du tumulte , ton père Pompilius , portant sa femme dans ses bras , ipp'ait tenté de s'ouvrir un passage à traders les ravisseui*syil touchait à la porte du cirque , quand une cohorte romaine le poursuit, l'arrête, lui arrache son épouse. Pompilius jette un cri de rage et de désespoir. Il s'est
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i4^V IN'UMA POMPILIUS.
bientôt saisi d'une épée , et les Romains qui l'entourent sont déjà tombés sous ses coup« : il court , il frappe , il est frappé. Mais il rejoint Pompilia ; il immole son ravisseur Ç il reprend sa bien-aimée , la presse dans ses bras sanglans, la rassure», la console, et, malgré les Romains fririeux , malgré les traits dont on l'accable , il friit au-delà du cirque en embrassant ta malheureuse mère , en la rappelant à la vie , en se félicitant de l'avoir sauvée. Ainsi la lionne de Numidie, lorsqi/'elle aperçoit de loin l'imprudent-chasseur qui lui emporte ses petits, fririeuse, rugissante, IkEil plein de sang et de feu , s'élance sur l'infortuné qui abandonne en vain sa proie : elle l'atteint et le déchire , fait vdler autour d'elle ses miembres palpitansA rabais son 'courroux faisant aussitôt place à sa tendresse, ejle court à ses lionceaux, les caresse, pousse des cris de joie , passe et repasse sur eux sa langue encore sanglante , et , se couchant pour en être plus près , elle leur tend ses mamelles , tandis que ses muscles tremblent encore de la fureur qu'elle vient d'assouvir^ #
Tel était Pompilitts. Mal^é ses larges blessures , malgré son sang qui coule à gros bouillons , il arrive enfin dans ce temple. ^] pose son doux fardeau au pied de l'Intel de la
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déesse; il supplie CéiGs de sauver, de défendre Celle (|uil met sous sa garde : sa prière ^clievée, épuisé de saxig, de fatigue, de douleur,il tombe sur le marbre et expire.
J^ iisyaussitôt enlever ta mère. On la porta dans ma maison , où elle leprit ses sens. Sa première parole fut le nom de Pompilius : elle demande son époux , elle veut le voir , elle veut aller le chercher. En vain j'espère^' la calmer et'lui cacher la mort de ton père en l'assui-ant qu'il est prisonnier des Romains; les pleurs que je versais, ses pressentimens , tout lui dit que je la trompe. Elle pousse des cris douloureux,^ elle rejette tout secours ; et , s'échappant de nos bras , elle veut aller expirer sur le corps de Pompilius.
Tant de secousses , tant d'émotions précipitent l'instant où tu devais voir le jour. Les douleurs de l'enfantement la sui-preanent ; les cruelles Ilîthjes l'accablent de tous leurs maux : elle j succombe ; et le moment où tu reçus la vie fut celui de la mort de ta mère.
A ces mots , Numa se jette dans ^ sein de TuUus. Le bon vieillard , qui sent ses cheveux blancs tout mouillés des larmes du jeunt,. homme, s'interrompt pour pleurer avec lui.
Bientôt il reprend sou récit: Je fis chercher une nourrice qui put ranimer ta frclc cxis-
tence j car tu semblais , en naissant , ne TOuIoic pas survivre à tes malheurs : tu poussais des cris lamentables , et ton visage livide semblait annoncer ton trépas.. La femme d'un laboureur , la bonne Amjclée , vint s'oiTrir : ses tendres soins , encore plus ([ue son lait , te conservèrent la vie.
Alors je m'occupai des funérailles de ta mère et de son époux. Je préparai un bûcher ; je rassemblai les habitans de Cures et de nos campagnes : notre bon roi Tatius , vêtu de deuil , les conduisait. Soldats , citoyens , laboureurs , tous pleuraient ton digne père , tous faisaient des vœux pour son fils. Le corps de Pompilius fut brûlé à côté de celui de son épouse. Je recueillis leurs cendi-es dans une urne d'argent ; cette urne fut déposée sur un tombeau, dans l'endroit le plus secret du temple. ... Je le verrai , mon père , s'écria Numa : je le verrai , ce tombeau 1 il me sera permis d'y pleurer, et de toucher cette urne si chère. Oui , mon fils , lui dit le grand-prêtre , nous y descendions aujourd'hui.
La mort de tes parens fut vengée. iN'os braves Sabins , indignés de l'outrage , prennent les armes, et, guidés par Tatius , ils marchent vers la ville parjure. Les lâches ravisseurs n'osent venir au-devant de notre armée; ils se ven-