‹ Numa PompiliusChapitre 43 sur 131 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Hersilie et Numa repoussent les iMarses. Retraite de Le'o. Romulus fortifie son camp. Isouveaux exploits de Léo. Jonction des Marses et des Samniles. Romulus assemlile son conseil, ^llma va se rendre maitre des défilés des monts Trébanieus. Il trouve dans ces moula,i;nes un peuple dont il est aim.é. Défaite des Marses dans les défilés. Combat singuKer de Numa et de Léo. Magnanimité de Numa. H apprend que Tullus est mourant : il (juitte tout pour voler près de lui.

C^OMME un immense quartier de roc détaché de la cime d'une montagne roule avec fracas vers la plaine , accroît en roulaat sa violence , hrise ou emporte tout ce qu'il trouve sur sa route ; les nymphes , les bergers effrajés fuient avec de grands cris , les troupeaux éperdus se précipitent dans la vallée , le laboureur ti-emblant reste immobile et glacé d'effroi : mais le rocher, au plus fort de sa chute, rencontre deux chênes robustes , qui , nés tout près l'un de Fautre , ont entrelacé depuis cent ans leurs racines et leurs troncs : là il s'arrête; les deux arbres soutiennent le choc, les bergers et les-

lo; >-UMA POMPILfUS.

ti'oupeaux sont sauvés : de même Léo s'uirète en rencontrant Hevsilie et Nizma.

La fière Amazone , armée du bouclier céleste, fut la première à l'attaquer. Barbare I lui cria-t-elle , c'est Jupiter qui te livre à moi ; roici ton heure fatale : va te vanter dans les •nfers d'avoir blessé le grand Romulus. Elle dit, et lance de toute sa force un javelot noueux que sa fureur l'empêche de diriger. Le fer vole , passe à côté de Léo , et va percer le vaillant Télon , qui, dans ce moment, dépouillait Aruncus. Léo , sans s'émouvoir, arrache le javelot du corps de Télon , et regardant Hersilie avec un sourire amer : Je te rends ton arme, lui dit-il; apprends à t'en mieux servir. En disant ces mots , il lance le javelot à la princesse; et Numa, le tendre Numa , se jette au-devant du fer : il oublie que le bouclier céleste défend i^s jours d Hersilie ; son corps lui parait un bouclier plus sûr. C'est au milieu de sa poitrine que vient tomber le javelot : sa pointe cruelle perce l'or et l'airain de la brillante cuirasse , et déchire encore le sein du généreux amant; une légère teinte de pourpre se répand sur ses armes. Kuma , qui voit couler son sang, ne songe qu'à Hersilie : plus ce coup a été terrible , plus il rend grâces au ciel d'eu avoir préservé son amante.

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Mais ce sentiment fait place au désir de la vengeance : il s'élance vers Léo. Vn flot de combattans les sépare : ils se clicrcliont longtemps tous deux ; ils ne peuvent plus se joindre.

"Alors Numa se jette sur les Marses, et les fait tomber sous ses coups , comrne le moissonneur fait tomber les épis. Toujours auprès d'Hersilie , il frappe d'une main ; de l'autre , pare tous les coups qui menacent l'amazone. Gélle-ci s'abandonne à sa fureur : elle immole Ocres , Opiter , Soractor , et le jeune Alméron, Alméron , le seul espoir , l'unique enfant de la malheureuse Almérie. Cette tendre mère l'avait jn-évu.

Quand les Marses s'étaient assemblés pour aller combattre les Romains, Alméron, âgé seulement de quatorze ans , avait fui de la maison de sa mère pour aller joindre l'armée. Au moment du départ , cette triste mère arriva , chercliant son fils , le demandant à tous ceux qu'elle rencontrait, Le jeune Alméron l'aperçut , et voulut aller se cacher dans les derniers rangs. Mais où ne pénètre pas l'œil d'une mère ? Almérie le découvre , vole à lui , le serre dans ses bras , l'airose de ses larmes ; et tandis qu'Alméron , la pâleur sur le visage , les yeux attachés à la terre, n'ose lever son front vera

it,d r.UMA PUMPIIJLS.

celle dont il craint les reproches , elle lui dit avec des sanglots : Mon fils , mon cher fils , mon unique bien, tu veux me fiiirl tu veux quitter ta mèrel Eh! qu'iras-iu faire dans les combats? ton faible bras ne peut encore soutenir un javelot; les flèches que tu lances ont à peine la force de faire périr un jeune faon ; et tu veux aller te mesurer avec les plus fameux guerriers de Rome I O mon enfant , mon cher enfant î attends du moins , pour m'abandonner , que tu n'aies plus besoin de ta mère ; attends , ])Our me faire mourir , que tu puisses vivre sans moi ! Tu pleures , tu m'embrasses , et tu ne me promets pas de renoncer à ce cruel dessein! et vous, Marses, vous le souffrez, et

vous avez eu une mère! Eh! bien! qu'on*

me donne des ai-mes,je suivrai partout mon fils , je partagerai ses périls , je le couvrirai de mon corps, el Ton jugera du courage que donne l'amour maternel.

Depuis ce jour Almérie n'a pas quitté son fils chéri. Léo, qui les aimait tous deux, leur avait défendu de s'éloigner de lui ; et dès que le jeune Alméron avait décoché sa flèche , il l'cvenait se mettre en sûreté entre sa mère et son général. Mais , dans cette nuit désastreuse ,• ils furent séparés de Léo : la terrible Hersilie les rencontra; et, malgré les cris, malgré les

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