LIVRE V
efforts d'Almério , elle enfonça son épée dan» la poitrine d'un faible enfant. Alméron tomba comme une tendre fleur moissonnée à sa première aurore; ses jeux, avant de se feimer , cherchèrent les yeux de sa mère. Sa mère le vit, et mourut sans avoir été frappée.
Numa, moins cruel, mais aussi redoutable, n'immole que ceux qui résistent. Hisbon , Marsenna , Privernus , ont expiré sous ses coups; Nasamon et Serai pin ont tous deux mordu la poussière. Ligcr, le brave Liger, ose attendre le héros, et lui lance de près son disque. C'en était fait de Numa, s'il n'eût baissé la tête dans ce moment : le disque tranchant coupe le sphinx que l'on voyait briller sur son casque , et fait voler au loin les deux panaches couleur de pourpre. Numa se précipite sur Liger, et brise sa lance dans sa poitrine : s'armant alors de la terrible épée de PompiliuSjil fend la tète à Orimanthe , coupe la main droite à Tarchon , fait tomber à ses pieds Quercens; et, poussant et pressant les Marses mis en fuite, il parvient eûiîn àl les chasser du camp. Léo seul y était resté.
Abandonné de tous les siens , Léo ne regarde pas s'il est seul : il a retrouvé sa massue , il n'a plus besoin d'armée. Mais les Sabins l'environnent , et le féroce Ufens s'avance , en lui
io8 NUMA POMPILIUS.
criant d'une voix terrible : Ce n'est pas ici l'assemblée des Marses, où il suffit de plier ui» arbre pour être élu général : il faut mourir , tu ne peux échapper. Léo lécoute , et sourit : il évite d un saut lé^er le javelot qu'Ufens lui lance ; aussitôt il se précipite sur lui , le saisi* au milieu du corps , le serve , létouflFe dans ses bras nerveux , le jette contre la terre , pose un pied sur ce cadavre palpitant ; et , levant fièrement la tète , il porte des jeux tranquilles sur ce cercle de glaives sanglans dont il est environné. Inaccessible à la crainte , il promène des regards assurés avant de choisir la place par où il veut s'élancer. Enfin , décidé à la retraite , il fond sur ceux qui lui ferment le passage : il les écarte , les écrase à coups de massue ; et , s'éloignant lentement , comme un loup encor.e affamé s'éloigne d'une bergerie , trois fois il s'arrête , se retourne, et trois fois il fait reculer les bataillons qui le poursuivent. Bic'nlôt il rejoint ses guerriers ; sa voix tei'xible les arrête : il les rallie , les remet en ordre , remplit seul l'intervalle qui les sépare des Romains, it marche entre les deux armées , couvrant l'une et repoussant l'autre.
Kuma , irrité de ces exploits qu'il admire , Numa veut aller attaquer Léo : mais un bruit qu'il entend sur le bord du fleuve attire son