LIVRE V. loij
attention. C'était le vieux Soplianor, à la tUr de son armée qui venait protéger la retraite de son collègue. Les Marses feignent de vouloir passer le Fucin : ?suma , pour défendre la rive, est obligé d'abandonner Léo ; et ce terrible guerrier, avec ce qui lui reste des siens, s'éloigne sans péril de ce camp qu'il a rempli de carnage.
Le prudent Sopbanor, instruit dès longtemps au métier de la guerre, tint son armée au bord du fleuve jusqu'aux premiers rayons de l'aurore. Numa et les Sabins , malgré les fatigues de cette nuit terrible , ne quittent pas l'autre rive. Au point du jour, Sopbanor, certain que Léo avait eu le temps d'exécuter ses projets, retire ses troupes. Numa ramène les siennes sous leurs tentes.
Dès ce moment , il ne s'occupe que des blessés ; Marses ou Romains , tous ceux que des secours peuvent sauver ou soulager sont également secourus par Numa. Il cbercbe dans les lieux où l'on a combattu ceux qui respirent encore , avec le même zèle , avec la même ax'deur qu'il cbercbait pendant le combat ceux qui résistaient le mieux. Il ne songe plus à la gloire; il ne songe qu'à èti-e bumain : des ennemis vaincus sont pour lui des frères.
Après avoir rempli ces devoirs sacrés, après
Numa« 10
iio ^■UMA PO'MPILIUS.
s'ctre assuré lui-même que ses braves Sabins peuvent se livxei' au repos , Numa court à la tente de Piomulus sans se donner le temps de panser sa blessure : le besoin de revoir Hersilie était plus pressant pour lui. Il arrive au pavillon rojal ; il voit le roi de Rome couché sur une peau de léopard , enveloppé de voiles sanglans , entouré de sa fille et des chefs de son armée. Moins occupé de ses maux que de la position de ses troupes , il gardait un sombre silence , qu il interrompit en apercevantNuma : Je t'attendais , brave jeune homme , s'écria-t-il : je sais déjà tes explois; toi seul as sauvé mon armée. Approche ; viens m'cmbrasser: ta gloire soulage mes douleurs. Numa tombe à genoux, en baisant la main du roi. Lève-toi , lui dit Romulus : songe à exécuter ce que je vais te prescrire.
Les barbares nous ont surpris. L'état où je suis m'oblige de différer ma vengeance. Peu de jours suffiront pour me rendre mes forces; mais pendant ce peu de jours , il faut mettre mon camp à l'abri de toute insulte» Va donc , brave Numa ; prends avec toi dix cohortes , mène-les couper dans la foret cinquante mille pieux, tous de la hauteur d'un homme , et acérés par les deux bouts. Vous , Métius , pendant ce temps , faites creuser un fossé large et profond,