LIVRE V
mière fois vous fuirez devant l'ennemi. Que ce mot ne vous alarme pas ,vous ne fuiiez que ]iour vaincre. Les Marses et les Samnites vous poursuivront ; vous les engagerez aisément dans It* goi'ges des Trébaniens. Alors vous les attendrez de pied ferme , vous les attaquerez à votre tour, tandis que mes Sabins et moi nous les accablerons de nos flèches , de nos javelots , et des rochers que nous roulerons sur eux.
Ainsi parle Numa. Romulus l'embrasse :
Vaillant jeune homme , lui dit-il, je te devrai plus que la vie : tu auras sauvé ma gloii-e. Cours exécuter ton projet : prends avec toi tous Ifis Sabins , excepté leur cavalerie , qui te serait inutile , et dont j'aurai surtout besoin dans le commencement de ma retraite. Une nuit d'avance doit te suffire : pars à l'instant même. Si tout réussit selon tes desseins , voilà quelle est ta récompense. En disant ces mots , il lui montre Hersilie«
Numa demeure interdit : la surprise , la joie , tous les sentimens qui l'agitent , lui ôtent l'usage de la parole : ses yeux errent à la foi» sur Romulus , sur Hersilie. Enfin il se précipite aux genoux du roi de Rome : Fils d'un dieu , s'écrie-t-il , tu viens de me rendre invincible. Que les Marses, que les Samnites, que
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tous les peuples de l'Italie se l'éunissent contre moi , je me sens l'espoir de les vaincre. Le nom, le seul nom d'Hersilie me rend presque égal à toi-même ; l'honneur de devenir ton gendre m'élève au rang des dem^i-dieux.
En prononçant ces paroles , ses jeux brillent d'amour et de courage; il les tourne vers son amante ; il lit dans les siens qu'elle confirme la promesse de Romulus ; et , brûlant d'être en marche , il court faire armer les Sabins.
Aussitôt les légions latines , par l'ordre de Romulus , sortent de leurs tentes , et vont se former en bataille sur le bord du fleuve , pour dérober aux ennemis le départ du brave Numa. Les Marses , qui se croient attaqués , accourent a l'autre bord : on se lance des flèches au hasard. Les Romains occupent ainsi leurs ennemis , tandis que Numa s'échappe par les derrières du camp.
Il marche , il traverse les épaisses forêts qui s'étendent vers Sora ; il évite par un circuii les dangereux marais d'Aratrie ; et , dirigeant sa course vers Assile , au point du jour il découvre les hautes montagnes des Trébaniens. Avant de s'y engager, le prudent Numa se fait précéder par quelques soldats armés à la légère , et laisse derrière lui des guides qui doivent conduire Romulus. Bientôt il pénètre