LIVRE V
dans les montagnes , il s'avance par des sentiers escarpés. Ses guerriers , fatigués d'une marche précipitée , ont peine à gravir sur les rocs : mais Numa les encourage et les soutient : Numa, toujours à leur tête, saisit d'une main les arbres qui peuvent l'aider à monter , de l'autre il fait signe aux soldats de le suivre. S'il rencontre un torrent , il le franchit le premier, et n'ordonne de le passer que lorsqu'il est à l'autre bord : si un rocher ferme sa route , il enfonce dans les fentes de la pierre son épée ou son javelot, pose le pied sur ce faible appui , s'élance sur des précipices ; et , paivenu seulà la cime , il appelle ses compagnons. L'image d'Hersilie marche devant lui , et rend tous les chemins faciles ; Numa précède son armée ; son exemple fait tout surmonter.
Enfin il arrive au sommet des montagnes : il est étonné d'j trouver des champs cultivés , des terres labourées , des pâturages remplis de troupeaux. On lui amène quelques bergers que Numa rassure par ces paroles : Je ne viens point vous opprimer ; ue tremblez ni pour vous ni pour vos biens : conduisez-nous seulement à votre principale habitation ; faites fournir des vivres dont vous recevrez le prix, et laissez-nous occuper pour trois jours les défilés de vos montagnes. A ces mots , les ber-
gers , sans crainte , servent de guides au^
SaLins , et les conduisent à leur village.
Quelle est la surprise , quelle est la joie de Numa, en reconnaissant dans les habitans ces mêmes Rhéates qu'il avait délivrés 1 Le vieillard qui lui avait parlé le jour du sacrifice s'avance ; et Tenvisageant : O jour heureux : s'écrie-t-il : mes amis , mes enfans , voilà notre libérateur , voilà ce héros si sensible qui nous rendit la liberté ; voilà Numa I .... A ce nom , un cri général interrompt le vieillard; tous les Rhéates à genoux se pressent autour de iVuma. Quoi I c'est vous , lui disait l'un , qui m'avez rendu ma mère I Je vous dois mon époux, disait l'autre. Sans vous , s'écriait un enfant , sans vous , je serais orphelin I Fils des dieux, car les bienfaiteurs des hommes sont les vrais fils des immortels , que de grâces nous leur devons , puisqu'ils nous donnent la joie de vous revoir, de baiser ces mains qui ont brisé nos chaînes , de contempler un héros qui sait pardonner I Ah 1 disposez de nous , de nos biens , de nos vies ; tout; est à vous ici : vous êtes notre roi , notre père ; vous êtes plus encore , puisque vous fûtes notre libérateur.
>iuma ne peut entendre ces paroles sans verser des larmes d'attendrissement : ses braves Sabins sont émus comme lui. Déjà la bonne