‹ Numa PompiliusChapitre 52 sur 131 · LIVRE V. laS · texte numérisé non relu

LIVRE V. laS

poste h l'avantage du nombre: maïs à la valeur d'un seul homme je n'oppose que ma valeur. Arrete-toi , Léo , je vais t'épai-gner la moitié du chemin.

Il dit, et descend d'un pas tranquille, repousse loin de lui les Sabins qui veulent l'accompagner, et rencontre son terrible adversaire sur une roche aplanie, environnée de précipices , et qui ne leur laissait que la place de s'immoler. Là ils s'arrêtent tous deux, se regardent sans se parler, ce silence mutuel semble être causé par leur admiration réciproque. Les deux armées cessent tout combat : l'œil fixé sur Léo , sur Numa , chaque soldat s'oublie lui-même pour ne s'occuper que d'eux seuls; et le hasard, qui place ces deux héros sur ce théâtre étroit et élevé , semble les donner en spectacle aux deux peuples dont ils vont faire le destin.

Léo fiit le premier qui rom|Jit le silence : Brave jeune homme, dit-il àNuraa, j'estime le courage que tu fais paraître ; je me décide avec peine à m'éprouver contre toi. Retoui'ne, crois-moi, dans tes bataillons, et laisse-moi assouvir ma fureur sur des guerriers moins braves que toi.

Il n'en est point dans notre armée , lui répond Numa; le dernier des Romains m'égale:

J26 NUMA POMPÎLirfî.

et tu vas connaître bientôt si je dois faire naître ta pitié. Il dit, et ne pouvant lancer son javelot à cause du peu d'espace, il le saisit à deux mains , et le pousse de toute sa force dans la poitrine de Léo. Le coup fut tei-rible ; mais la pointe d'acier rencontra la peau de lion à l'endroit où les griffes croisées formaient une triple cuirasse. Ce rempart impénétrable ém ousse le fer de Numa , et la violence du coup brise le javelot dans ses mains.

Léo chancelle ; sa colère augmente. Il lève sa redoutable massue, la fait tourner sur sa tête, et en décharge un coup terrible sur le bouclier de Tsuma. Le bouclier vole en mille pièces : Kuma tombe un genou h. terre , et se relève aussitôt. Il a tiré son épée, l'épée de Pompilius; il n'a plus qu'elle pour défense. Léo veut l'atteindre d'un seul coup; mais le léger Numa l'évite. Tous deux, les yeux fixés sur leur arme, attentifs à leurs moavemens , tournant autour l'un de l'autre, forcés de ne pas sortir d'un terrain bordé de précipices , ils s'allongent, ils se replient, se portent cent coups inutiles , évitent cent atteintes mortelles : semblables à deux sei-pens d'eau jetés dans un étroit bassin , se liant et se déliant sans cesse sans pouvoir se piquer de leur dard.

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