‹ Numa PompiliusChapitre 53 sur 131 · LIVRE V. i2<y · texte numérisé non relu

LIVRE V. i2<y

Enfin Léo , indigné d'une si longne rési»tance , prend sa massue à deux mains , et s elançant sur son ennemi, il tient la mort sur sa tête. Numa ne peut plus l'éviter : il se couvre avec son épée , faible secours qui n'aurait pas sauvé sa vie , si Cérès n'eût veillé sur lui. Cérès , du haut de l'Olympe , considérait cet affreux combat. Elle voit la massue levée , tremble , vole , et arrive avant que Numa soit atteint. Son invisible bras détourne le coup ; et Léo , entraîné par l'effort et par le poids de sa massue, le grand Léo tombe comme un pin de cent ans déraciné par le tonnen^e. Numa se pi'écipite sur lui ; d'une main il le saisit à la gorge , de l'autre il pose sur son cœur la pointe de son épée : Ta vie est à moi , lui dit-il ; mais je ne puis donner la mort à un si vaillant guerrier : viens signer la paix; j'aime mieux être ton ami que ton vainqueur.

En disant ces mots , Numa se lève , et remet son glaive dans le fourreau. Léo , à peine debout, embrasse son généreux ennemi. Tous deux , se tenant par la main , descendent vers les bataillons marses, occupés déjà de nommer des vieillards pour aller traiter avec Romulus.

Nnma, suivi de Léo, les conduit lui-même

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au roi de Rome : Numa sollicite en faveur des Marses. Romulus accorde la paix. Yous remettrez en liberté , dit-il . mon allié le roi de Gampanie; vous lui rendrez ses trésors et ses captifs. Quant aux terres des Auronces , elles seraient toujours , dans ses mains ou dans les vôtres, un sujet éterjel de discorde; elles resteront en mon pouvoir. Pour vous dédommager de ce sacrifice, le roi de Capoue vous laissera la ville d'Auxence, et son fils Capis demeurera chez vous en otage jusqu'à l'exécution du traité.

Les Marses , plus favorisés par cette paix que le roi de Campanie , l'acceptent sans balancer; et Romulus, qui devieat maître d'un nouveau pays , compte pour riea les intérêts d'un allié qu'il méprise. Mais il veut récompenser Numa : Vaillant jeune homme , lui dit-il , tu triompheras à ma place ; tu entreras dans Rome sur mon char, à la tête de mon armée ; Léo marchera devant toi ; et tu recevras la main de ma fille à l'autel de Jupiter.

Grand roi , lui répond IVuma , c'est à vous seul que le triomphe est dû; la main d'Hersilie suffit à ma gloire. Quant au brave Léo, je ne suis point son vainqueur. Romains, ce n'est pas sous moi qu'il a succombé ; Gérés a

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quitté rOljmpe pour me donner la victoire. Retournez vei'S votre peuple , Léo ; vous êteslibre et invincible , car vous n'avez cédé qu'aux immortels.

Il dit : les Romains et les Marses croient entendre parler un dieu. Léo se précipite dans ses bras , le serre contre son sein en pleurant d'admiration. Il veut désavouer Numa , il veut avoir été vaincu; mais Numa lend compte aux deux armées du secours qu'il a reçu de Cérès : il remercie hautement la déesse de lui avoir sauvé la vie, et se couvre d'une gloire immortelle en refusant celle qu'il ne méritait pas.

Cependant la paix est sfgnée. Le roi de Campanie est libre; Romulus a livré Capis; déjà des troupes sont parties pour s'emparer du pajs des Auronces. INuma et Léo ne se quittent point sans se jurer une éternelle amitié. Avant de se séparer, ces deux héros se font des présens. JVuma fait accepter à son ami le superbe coursier de Thrace que Tatius lui a donné. Léo présente à Numa un casrjue forgé par Vulcain , qu'il tient du chef des Samnites : Garde-le toujours , lui dit-il , et garde-moi surtout ton amitié ; je te donne ma foi de te consacrer ma vie aussitôt que j'en

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pourrai disposer. Tels furent les adieux de ces deux héros.

Romulus , qui se dispose à reprendre le chemin de Rome, fait monter Hersilie etNuma sur le même char , et veut qu'ils marchent tous deux à la tête de son armée. Numa, au comble de ses vœux, ne peut contenir ses transports : il est auprès de celle qu'il aime : il est sûr de la posséder. Cette idée lui ôte à la fois et la parole et la raison. Numa couvert de gloire , Numa , le favoi-i de Romulus , le sauveur de l'armée, tremble encore auprès d'Hersilie. Il la regarde, et n'ose lui parler : c'est en vain qu'il l'a obtenue , il ne peut croire qu'il l'a méritée.

L'armée romaine avait déjà repassé le Liris, quand un courrier couvert de poussière demande à grands cris Numa , et se présente à lui avec un visage baigné de larmes. Numa inquiet l'interroge , et ci-aint quelque funeste événement pour Tatius. Je ne viens point de Rome , lui dit l'envojé ; je viens de la forêt sacrée et du temple de Cérès. Le vénérable TuUus n'a pu soutenir votre absence ; il n'a pu surtout soutenir votre oubli ; il touche aux portes du trépas , et vous demande la grâce de vous voir encore avant de mourir.

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