LIVRE SIXIÈME
Jois de Tullus en revoyant Nuiaa. Soins tendres et pieux que lui rend le héros. Sages conseils (\a pontife. Mort de Tullus. Douleur et regrets de >'unia. Il veut retourner auprès d'Hersilie. Il passe dans un pays dévasté par cette princesse, et revient à Borne saisi dliorreur. Discours de Romulus à son peuple. Réponse de Tatius. L'hymen d'Hersilie et de jN'uma s'apprête. Tatius est assassiné. ^N'uma le secourt et lui jure d'épouser sa fille.
JNrMA pressait les flancs de son coursier, et suivait en pleurant le cours de l'Anio : il fuyait une maîtresse adorée au moment de devenir son époux : il renonçait aux honneurs du triomphe. Mais ce n'étaient point ces sacrifices qui faisaient couler ses larmes; c'était le danger de Tullus , c'était le repentir d'avoir presque oublié ce vieillard pour ne songer qu'à l'amour. 11 redoutait les reproches qu il allait en recevoir; il craignait davantage de ne plus le trouver vivant. Hélas 1 se disait-il à luimême, si je ne l'avais pas quitté, j'aurais peutêtre prolongé ses jours; j'aurais du moins soulagé ses maux : c'était à moi de rendre à su
NUMA POMPILIUS. LIVRE VI. i35 vieillesse les soins qu'il avait donnés à mon enfance. Je suis un ingrat : ce reproche empoisonnera ma vie ; la gloire ne pourra pas m'en consoler. Ah! qu'importent les louanges d'un monde entier, quand notre cœur nous fait un reproche ?
Ainsi parlait Numa. Il a déjà traversé les campagnes de Carséoles. Sans perdre un moment , il laisse derrière lui l'aimable Tibur, la cascade de l'Anio , la forêt d'Érétum , et il commence à découvrir le bois sacré et le faite du temple. O combien cette vue lui fait naître de sentimens tristes et doux! Combien son âme est émue en revoyant les lieux de sa naissance ! mais un intérêt plus puissant l'entraine ; il court , il arrive à la maison du pontife , le cherche , le demande , le découvre enfin sur son lit de douleurs, entouré de prêtres et de pauvres.
A cette vue , Numa jette un cri , se précipite , tomie à genoux , saisit la main de Tullus , la couvre de baisers et de larmes. Le vieillard , dont les faibles paupières étaient baissées , les
relève, et aperçoit Numa Aussitôt un rayon
céleste semble descendre sur son front ; ses jeux s'animent, son visage se colore : O mon fils , s*écrie-t-il , mon cher fils , je te revois , les dieux ont exaucé ma prière ! Viens te jeter dans
Vuma. 13
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mes bras : viens , hàte-toi ; je crains de mourir de Joie avant de t'avoir embrassé. En disant ces mots , il se soulève avec peine , et tend k Numa ses mains tremblantes. Il le saisit, il le presse contre sa poitrine , il ne peut plus ni lui parler ni le détacher de son sein. Le jeune homme , qui baigne de pleurs la longue barbe blanche de son père , ne lui répond que par des sanglots.
La secousse qu'éprouve Tullus épuise ses faibles organes. Il retombe sans mouvement , presque sans vie, mais tenant toujours la main de Numa. On s'empresse autour du vieillard; la voix de son fils le ranime ; il ouvre les jeux. A peine a-t-il recouvré l'usage de la parole , - qu'il ordonne qu'on le laisse seul avec son fils. Alors l'embrassant de nouveau : Tu m'es donc rendu ! lui dit-il. Ah! que les dieux à présent disposent de mes jours ; que la cruelle parque en coupe la trame : je t'ai revu , je meurs content. Si j'avais plus de momens à jouir de ta présence, je pourrais te faire quelques reproches ; mais le peu d'heures qui me restent ne suffiront pas pour i^a tendresse. Ne parlons que d'elle et de toi. Raconte-moi , mon fils , raconte-moi ce que tu as fait : le bonheur t'a suivi sans doute; car tu n'as pas eu le besoin de me confier tes peines. Apprends-moi tous