‹ Numa PompiliusChapitre 55 sur 131 · LIVRE VI. i · texte numérisé non relu

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tes succès : ce lécit retiendra mon âme fugitive, ou du moins ma mort sera plus douce, si les derniers mots qui frappent mon oreille sont l'assurance que je te laisse heureux.

Ah! mon père, lui répond Numa, il n*est plus de bonheur pour moi , si les dieux ne prolongent pas votre vie, s'ils ne l'accordent pas à mes larmes, au repentir, à la douleur où je suis d'avoir pu vous abandonner, d'avoir pu oublier mon père , et

Tu me parles toujours de moi , interrompt le vieillard , tandis que toi seul m'intéresses. Tu ne m'as point oublié , puisque tu m'aimes, puisque tu m'aimas toujours. Je suis content de ton cœur; ne sois pas plus difficile que ton ancien maître. Parle-moi de mon fils : voilà le plus pressant besoin de mon âme. Si tu as commis quelques fautes , ne crains pas de me les révéler : tu connais ton pèi-e ; ce n'est pas au moment de le quitter que tu le trouveras plus rigide.

En disant ces mots , il tend la main à ?^uma; malgré les douleurs aiguës qu'il éprouve, il le regarde avec un tendie sourire. La rougeur du jeune héros se dissipe peu à peu; ses traits reprennent leur séi-énité; ses jeux noyés de larmes se tournent vers le vieillard avec douceur et avec confiance : ainsi la rose ver^

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meille dont un orage a courbé la tige relève doucement sa tête humide auxpremiers rayons du soleil.

Alors Numa raconte son arrivée dans Rome , l'accueil qu'il reçut du bon roi , l'amour brûlant qui le consume , et tout ce que cet amour lui fit entreprendre, La simple vérité préside à son récit : TSuma se reconnaît coupable de n'avoir pas suivi les conseils du pontife, et d'avoir quitté Tatius ; il ne cherche pas à déguiser ses fautes , il oublie plutôt ses exploits.

Tullus l'écoute , et ne sent plus ses maux ; sa tendresse suspend ses douleurs. Mais illève les yeux vers le ciel, en apprenant qu'Hersi.lie enflamme le cœur de ^uma : Cruel Amour, s'écrie-t-il , je reconnais bien là tes coups I tu fais brûler ce vertueux jeune homme pour la fille de ce roi impie qui nous força , par la plus cruelle injure , de devenir ses alliés , qui se servit du nom des dieux pour nous attirer dans le piège , pour plonger la Sabinie dans l'opprobre et dans le deuil I O mon cher fils 1 de quels périls je te vois environné I tu te crois au comble du bonheur parce que Romulus t'a promis sa fille: et moi, je pleure sur les maux affreux que va causer cet hvménée. A peine seras-tu le gendre de Romulus , que tu perdras l'amour des Sabins : tu seras suspect

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k Tatius même; tu deviendras peut-être son ennemi. Car ne te flatte pas de voir durer toujours rintelligence qui subsiste entre le» tieux rois; la haine vit au fond de leurs cœurs : la moindre étincelle fera éclater l'incendie ; alors tu seras forcé de choisir entre le pèi'e de ton épouse et le parent , l'ami de ton père ; entre ton roi légitime , le plus juste , le plus vertueux des hommes , et un roi de brigands , qui n'a jamais connu de droit que la force , de vertu que la valeur, dont le premier exploit fut dégorger son fi'ère , et qui scella son alliance avec les Sahins par le sang de Pom-

pilius Tu frémis 1 voilà pourtant quel est

celui que tu dois appeler ton père. Dieux immortels I détournez mes funestes présages , ou arrachez de ce cœur innocent le trait empoisonné qui doit détruire en lui la vertu, la piété , l'amour sacré de la patrie I

Ainsi pai'lait le vieillard. Numa, les jenx Laissés , n'osait répondre : le seul nom de Pompilius l'avait interdit. Tullus a pitié de sa douleur : il craint de trop l'affliger par ses réflexions sévères; et, rompant ce pénible en^ tretien , il remet à un autre instant les vérités qu'il veut encore lui dire. Ainsi le disciple d'EscuIape divise le remède salutaire, mais violent, qui doit guérir son faible malade.

j3« NUMA POMPIUUS.

Dès ce moment , Numa se charge lui seul de tous les soins qu'on rend au pontife. Le jour, la nuit, toujours à ses côtés, toujours occupé de l'espoir de le sauver, ou de la crainte de le perdie , il vp"?^e sur tous ses instans , il souffre de tous «es maux : !3 tendre mère qui garde son nls au lit de la mort n'a pas plus de zèle , plus d'attention , plus de patience que Numa. Si Tullus prend un breuvage, c'est de la main de son fils; si Tullus dit une parole, c'est toujours son fi^ls qui répond. Il le plaint et l'encourage , dévore ses pleurs pour lui sourire , affecte sans cesse une joie, une espérance qu'il n'a pas. Il remplit à la fois près de lui l'office d'ami , de fils , d'esclave ; il suffit seul' pour tous ces devoirs ; et le vainqueur de Léo n'a pas trouvé dans sa victoire un plaisir si doux, si touchant pour son âme , qu'il e<n éprouve à sei'vir son bienfaiteur.

Mais en peu de jours le mal augmente ; la dernière heure de Tullus approche; ce moment n'a rien qui l'effraie ; le vénérable pontife a toujours vécu pour mourir. A chaque moment de sa vie , il a toujours été prêt à pa--' raitre devant le redoutable juge ; tous ses jours se sont ressemblés; l'instant qui va finir ses maux va commencer sa récompense.

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