‹ Numa PompiliusChapitre 56 sur 131 · LIVRE VI. i · texte numérisé non relu

LIVRE VI. i

Il n'est occupé que de îiuma; il fait éloigner tous les témoins , prend sa main qu'il serre dans la sienne , et lui dit ces paroles : Mon iils , je vais mourir. Les soins que tu m'as rendus ont fait plus que t'acquitter envers moi : c'est Tullus qui te doit de la reconnaissance; il est doux pour lui d'emporter au tombeau ce sentiment. Mais dans une heure je n'aurai plus besoin de Numa, et Numa aura peut-être bientôt besoin de Tullus. O mon fils 1 que cette idée me rend la mort douloureuse ! ton amour pour Hersilie lemplit mes derniers momens d'amertume et d'eflfroi. Ton cœur s'est abusé ^ n'en doute point: pressé du besoin d'aimer, il s'est enflammé pour le premier objet qui l'a séduit, et d'un court moment d'ivresse il a lait une longue erreur. Numa, il est deux amours néo pour le bonheur et pour le malheur du monde. L'un , le plus commun, le plus brûlant peut-être, est celui qui te consume. Son empire est fondé sur les sens ; il naît par eux et vit par eux : il n'habite pas notre cœur, il coule dans nos veines ; il n'élève pas notre âme , il la subjugue ; il n'a pas besoin d'estimer, il ne désire que de jouir. Cet amour méprisable n'a rien de commun avec notre âme : juge si la félicité peut ?enir de lui. î\'on , mon Iils , les dieux ne lui

i^o NU.MA POaiPILlUP.

Diit donne de pouvoir sur les hommes que

pour humilier leur orgueil.

L'autre amour, présent céleste, naît de l'estime, et vit par elle. Il est moins passion que vertu ; il n'a point de ti-anspoi'ts fougueux, il ne connaît que les sentimens tendres. Celui-là réside dans l'âme ; il l'échauffé sans la consumer , l'éclairé et ne la brûle pas : il lui fournit la seule nourriture qui lui soit propre , le désir d'atteindre à toutes les perfections. Ses plaisirs sont toujours purs , ses peines mêmes ont des charmes. Au milieu des plus gi-andes souffrances , il jouit d'une douce paix; c'est cette paix qui seule rend heureux. Tu l'éprouveras , mon fils ; tu sentiras que les honneurs, les richesses, la volupté, la gloire même , ne remplacent point cette paix que donne la seule innocence; la vieillesse, qui détruit tout, semble en augmenter la douceur.

C'est à toi , mon fils , de me dire auquel de ces deux amours ressemble celui que tu sens. O ÎVuma I crois un père qui t'aime , qui ne regrette de la vie que le plaisir de veiller sur ton bonheur. Tu ne le trouveras jamais , ce bonheur , tant que tu ne pourras commander à toi-même, tant que tu n'auras pas sur tes passions un empire souverain. Garde-toi surtout de penser gue cet empire *^ iiapossible

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