‹ Numa PompiliusChapitre 57 sur 131 · LIVRE VL i4i · texte numérisé non relu

LIVRE VL i4i

à notre faiblesse. Descends dans toi-même, mon fils ; tu tronveras toujours une vertu toute prête à combattre le vice qui veut te séduire. Si la beauté enflamme tes sens , la sagesse est là pour te défendre ; si de trop gi-ands travaux te lassent, le courage vient te soutenir; si l'injustice te révolte, l'amour de l'ordre te rend soumis ; et si le malheur t'accable, la patience vient à ton secours. Ainsi, idans toutes les situations de ton âme , le ciel t'a muni d'un consolateur ou d'un soutien. Profite donc des bienfaits du Créateur, et cesse de te croire faible pour te réserver le droit de tomber.

Mais je sens que la mort s'approche, et que ma voix va s'éteindre. O mon cher fils^ je t'en conjure , étouffe un fatal amour qui doit te rendre à jamais malheureux. Je n'ai plus qu'un mot à te dire : tu conviens toi-même que cette passion , à peine naissante , te fit oublierïuUus : qui peut te répondre f[u'elle ne te fera pas oublier la vertu ? J'ai vu que tu m'aimais autant qu'elle I

Telles furent les dernières paroles deTivUus. Il expira bientôt dans les bras de Numa, en lui parlant encore de sa tendresse , enlui adressant son dernier soupir.

Quelque prévue que fût cette mort , elle

l4a NUMA POMPILICS.

pensa coûter la vie au fils de Pompilius. Il fallut l'arracher de dessus le corps du pontife ; il fallut veiller sur son désespoir. Épuisé par les veilles , par la douleur, noyé dans les lannes , se refusant toute nourriture , Numa voulut porter lui-même sur le bûcher le corps de son bienfaiteur. On le vit s'avancer à la tête des prêtres et de tous les habitans de la Sabinie , pâle , hâve , baigné de pleurs , chargé de ce fardeau si cher. Il le pose sur le bûcher , il le regarde long-temps d'un œil fixe, l'embrasse mille fois , et ne peut se résoudre à s'en éloigner. O mon père I s'écria-t-il avec des sanglots , je ne vous reverrai donc plus ! je ne vous reveirai donc jamais ! Cette bouche ne m'assurera plus de votre amour ! ces jeux ne se rouvriront plus pour me regarder avec tendresse ! O dieux ! qui m'aviez déjà privé des auteurs de mes jours, pourquoi me faire éprouver deux fois cet affreux malheur? Oui, c'est aujourd'hui que je perds encore et Pompilius, et ma mère , et mon maître , et mon bienfaiteur : tous les biens que le ciel donne à l'homme pour le soutenir, pour le consoler, tous me sont ravis dans Tullus. La terre est vide pour moi : je n'j retrouverai plus Tullus I Venez venez vous joindre à moi , vous pauvres , vou» infortunés , qui restez aussi orphelins ; notre

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