‹ Numa PompiliusChapitre 58 sur 131 · LIVRE VT · texte numérisé non relu

LIVRE VT

malheur nous rend frères : venez, venez baiser encore ces i-estes froids et inanimés du boa père que nous avons perdu.

A ces mots , tous les pauvres s'avancent , tous les Sabins jettent des cris. "On ne peut plus distinguer de paroles , on n'entend que des sons inarticulés , de profonds gémisscmens. Ils redoublèrent dès que l'on vit la flamme s'élever en ondoyant. Numa , par un mouvement involontaire , s'élance pour reprendre le corps; mais on l'arrête, et le feu a bientôt consumé la dépouiîîe mortelle du plus juste des hommes. Alors un profond silence succède aux cris douloureux. Les Sabins , les prêtres , Numa lui-même , regardent d'ini œil morne cet amas de cendres , seul reste de celui qu'ils pleurent : tous considèrent avec une douleur muette la poussière de l'homm»; de bien.

Cependant on éteint avec du \ia les restes du bûcher, on recueille la cendre de Tullus , on la dépose dans une urn3 : Numa la porte dans le même caveau, sur la même tombe où repose l'urne de sa mère. Soyez unies , dit-il , cendres que j'adore; soyez-le après le tiépas , comme les âmes qui vous animaient l'étaient pendant votre vie. Puissent ces âmes pures et heureuses se féliciter dans l'Elysée , sinon des vertus de leur fils , du moins de sa tendresse

i44 NUMA POMPILIUS.

et de sa piété I Alors il coupe sa longue cbevelure blonde, et la consacre aux mânes deTullus. Il immole dix brebis noires à l'Érèbe. Ce sacrifice finit des fiinérailles si touchantes.

Aj)rès avoir rempli ces tristes devoirs , Numa se met en marche pour rejoindre l'armée, méditant les conseils de TuUus. Mais c'est en vain qu'il s'a-v oue à lui-même la vérité de ses avis, les dangers dont il va s'entourer , la douleur qu'il va causer à Tatius et à son peuple : c est en vain tju il éprouve une secrète horreur en songeant qu'il sera le gendre de celui qui causa la mort de ses parens : limage d'Hersilic , ta crainte de la voir passer entre les bras d'un rival , tous les transports de l'amour, tous les tourmens de la jalousie, se réunissent pour l'emporter sur sa piété , sur sa raison. INuma gémit de désobéir aux derniers préceptes du pontife; il conjure, en pleurant, ses mânes de lui pardonner tant de faiblesse; car, depuis la mort de Tullus , Numa crut toujours que son ombre était le témoin assidu de toutes ses actions , de ses plus secrètes pensées ; et cette crainte salutaire lui valut de nouvelles vertus.

Numa espérait retrouver l'armée sur les frontières des Herniques ; mais il apprit àTrébie que Romulus , avec la moitié de ses troupes ,

Page 1