LIVRE
Ce spectacle , ces paroles , les pleuis , les cris des Sabines , chassent la colère de tous les cœurs. Les combattans s'arrêtent , se regardent et sont surpris de ne plus se haïr. L'épce demeure levée sur celui qu'elle menaçait; le javelot reste suspendu ; la flèche tombe de l'arc, qui se détend sans la lancer.
Les Sabines se jettent sur ces armes , et les enlèvent sans *eflort à leurs pères, à leurs époux, qu'elles couvi'ent de baisers et de larmes; elles lavent avec ces pleurs le sang dont ces mains sont souillées , elles parviennent à les joindre ensemble ; alors chaque Sabine embrassant à la fois un Romain et un Sabin , elles rapprochent ainsi les visages des deux ennemis , et les forcent enfin à s'cmbrassci eux-mêmes.
Dès ce moment, plus de guerre, plus de vengeauce. Les rois se parlent; ils conviennent que les deux peuples réunis n'en formeront désoi'mais qu'un seul ; que Tatius et Roniulus , assis ensemble sur le même trône, partageront le souverain pouvoir. On jure la paix; on immole des victimes à Jupiter, au Soleil, à la Terre : les deux armées confondues se laissent conduire parles Sabines , entrent dans Rome aumiiieu des acclamations, et paraissent plu:> fières, plus glorieuses d'avoir été vain
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eues par la tendresse que si ellei avaient triomphé par la fureur.
Cependant tu croissais sous mes jeux, et tu passais pour mon fils : je confirmais moimême une erreur qui s'accordait avec mes sentimens comme avec if; vœu de ta mère. Dès l'âge de quatre ans , tu me suivais dans le temple , revêtu de la robe d'initié ; tu portais dans tes faibles mains le vase d'or où Ton met l'encens. Ta douceur, tes grâces enchantaient nos prêtres , qui m'enviaient tous le bonheur de t'avoir donné le jour. Combien je l'ai désiré , ce bonheur I Depuis quinze ans , IVuma , je ne tiens à la vie que pour te chérir; et quel que soit mon amour pour la vertu , si tu me vois la pratiquer avec zèle, c'est dans l'espoir, mon cher fils , que les dieux t'en récompenseront.
Je recueillis bientôt le fi-uit des soins que j'avais pris de toi. Dès ta plus tendre enfance tes qualités s'annoncèrent. Jamais je n'avais besoin de t'inspirer un sentiment honnête : tous étaient nés dans ton cœur. Les principes de la morale se trouvaient gravés dans ton âme avant que je t'en eusse instruit , et la raison t'enseignait tout ce que m'avait appris l'expérience. S'il m'arrivait , pour t'éprouver , de te faire une question que j'imaginais difli-