LIVRE I. ui
«ile, ta réponse était toujours plus claire, pkis précise que celle que j'avais préparée. Souvent, après avoir cru té donner une longue leçon de morale, tes courtes réflexions m'éclairaient; en finissant l'entretien, c'était ton maître qui s'était instruit. Tu connus toutes les sciences de nos philosophes étrusques , et tu me disais : O mon père ! que tout cela est peu de chose I et ce peu laisse encore des doutes i La vertu seule est certaine ; le livre en est avec nous; c'est notre cœur : consultons-le à chaque action de notre vie , suivons toujours ce qu'il nous dit ; nous ne pouvons jamais nous égarer.
Je t'embrassais avec transport, et je n'osais te louer. Je craignais pour toi le vice qui dépare toutes les qualités , qui commence par les ternir, et finit presque toujours par les détruire : la vanité. O mon fils ! prends-y garde pendant tout le cours de ta vie : souviens-toi Lien que c'est elle qui fait le plus de mal aux vertus , puisqu'elle les empêche d'être aima- Lies.
Je te voyais avec complaisance échapper à ce péril. Chaque jour tu devenais meilleur, et chaque jour plus modeste. Trompé par la voix puLlique, surtout par mon propre cœur, je me croyais ton père, et je comptais abdi-
sa NUMA POMPlLiUS.
quer en ta faveur la souveraine sacvificatuve : tous nos prêtres, tous nos citoyens, le prévoyaient avec joie. Depuis trois jours , mon fils , un oracle céleste m'interdit celte espérance. Cérès , Cérès elle-même m'apparaît toutes les nuits , et m'ordonne d'une voix sévère de t'envoyer à Piome et de déclarer ta naissance. Vainement , à genoux devant la déesse, j'ai osé lui parler de mes craintes et rappeler le vœu de ta mère. Je n'ai point accepté ce vœu, m'a répondu la tille de Jupiter; Kuma ne sera point mon prêtre : ses destins l'appellent plus haut. Numa me servira mieux sur un trône qu'à l'ombre de mes autels : qu il marche à Rome; que ta tendresse pour lui ne s'oppose plus aux décrets du ciel I
Voilà , mon iils , le sujet de ces larmes que vous m'avez vu verser pendant le sacrifice. Il faut se soumettre, il faut nous séparer, INuma : Cérès l'ordonne ; nous devons obéir.
Le tendre Numa, sans répondre à TuUus, le regarde en pleurant, lève les yeux au ciel , et paraît hésiter entre son père et les dieux : mais le vieillard l'encourage ; Numa se décide à partir. Il prend la main de Tullus , quil serre doucement dans les siennes : O mon père 1 lui dit-il, vous m'avez promis de me faire descendre au tombeau de Pompilius, de me