‹ Numa PompiliusChapitre 60 sur 131 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

jette à jamais de mon âme. Le vrai héros est celui qxii défend sa patrie attaquée ; mais le roi , mais le guerrier qui répand une seule goutte de sang qu'il aurait pu épargner n'est plus qu'une bête féroce que les hommes louent ^ parce qu'ils ne peuvent l'enchaîner.

INiima s'éloigne alors de cette scène de car-

nage ; il renonce à suivre les traces d'Hersilic , de peur d'avoir encore àroygir de son amante. Il revient sur ses pas , sort du pays des Herniques; et, le cœur flétri, humilié d'être un guerrier, il prend le chemin de Rome.

Déjà toute l'armée y était rentrée. Au moment de l'arrivée de iNuma, Romulus remerciait les dieux au Capitole de tout le mal qu'il avait fait aux hommes , et s'efforçait , pour ennoblir ses cruautés, d'y associer les immortels.

Kuma se rend au Capitole, où Tatius, sa fille et les Sabins assistaient au sacrifice. Il monte. Du plus loin que le bon roi l'aperçoit , il court aussi vite que son âge le lui permet, et presse dans ses bras le fils de Pompilius. Le vieillard pleure de joie de le revoir: il pleure bientôt de tristesse en apprenant la mort de Tullus. O malheur de la vieillesse ! s'écrie-t-il ; on survit donc à tout ce qu'on aime! Numa, je n'ai plus que ma fille et toi; je vais réunir sur vous deux tous les sentimens de mon âme:

i48 NUMA POMPILIUS.

j'ai du moins l'heureuse espérance de finir met

jours avant vous.

En disant ces mots, il prend la main de sa fille, la joint à celle de I^'uma, et les serre contre son cœur. Tatia rougit ; elle sent trembler sa main en touchant celle de Numa ; elle baisse les yeux vers la terre , et n'ose regarde» le héros.

•Mais le héros cherchait Hersilie, il la découvre auprès de Romulus. Cette vue rend à son amour toute sa force, toute sa violence, et détruit en un moment l'effet des conseils de TuUus.Numa se hâte de rendre au bon roi ses tendres caresses, et, se dégageant de ses bras, saluant froidement $a fille , il se piesse de joindre Romulus.

Le roi de Rome l'embrasse ; il le présente à son peuple , et commande le silence.

Romains, s'écrie-t-i], vous m'avez vu triompher; mais c'était à Numa de triompher à ma place : c'est à Numa que je dois ma victoire. Je lui donne pour récompense celle cjue tant de rois ont vainement demandée, celle qui dédaiçna tant de héros , ma fille.

A cette parole, les Romains poussent des cris de joie; les Sabins gardent un morne silence; Tatius demeure immobile comme un homme qui vient de voir tomber la foudre à

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