LIVRE VI
ses pieds; Tatia pâlit en se rapprochant de son père. Hersilie la remarque , et fixe sur elle des jeux mécontens. Numa, couvert de rougeur, promène des regards inquiets sur Tatia, sur Hersilie, sur les Sabins , sur Tatius.
Romulus , sans être ému , continue : Demain cet auguste hjménée s'accomplira sur cet autel chargé des dépouilles de l'Italie; je le consacrerai par des jeux solennels qui dureront dix jours.
Au mot de jeux, les Sabins se regardent en fronçant le sourcil, Tatius lève les yeux au ciel , Numa baisse les siens vers la terre.
Romains , poursuit Romulus , après avoir acquitté les dettes de la reconnaissance , je m'occuperai de nouveau de vos intérêts. Je viens de conquérir le pajs des Auronces; mais cette augmentation de votre territoire vous doit être peu avantageuse tant que vous en serez séparés par les Volsques. Il est un mojen de la ""rendre utile , c'est de , soumettre les Volsques : dans dix jours je marche contre eux. Romains, vous êtes nés pour la guerre : vous ne pouvez vous agi'andir, vous soutenir même, que par elle. La paix serait pour vous le plus grand des fléaux : elle amollirait vos courages , elle affaiblirait vos bras invincibles . Jugez de l'avantage que vous aurez toujours
TDO NUMA POMPÎLIUS.
sur les antres nations, lorsq^ue, ne quittant jamais les armes , vous perfectionnant sans cesse dans l'art difficile des héros , vous atîa- (juerez un ennemi énervé par une longue paix : quand môme, ce qui est impossible, son courage serait (^gal au vôtre , il ne pourra vous opposer ni des forces ni une expérience égaies. Avant que ces faibles adversaires se so-ent aguerris en combattant contre vous , avant qu'ils aient appris de vous l'art terrible dans lequel vous serez maîtres , ils seront défaits et soumis. Ainsi , attaquant tour à tour tous les peuples de l'Italie, les divisant pour mieux les vaincre , vous alliant avec les faibles, et les accablant après vous en être servis, vous parviendrez en peu de temps à la conquête du monde, promise à Rome par Jupiter. Toutes les voies sont permises pour accomplir les volontés des dieux; et la victoire justifie tous les moyens qui l'ont procurée. Romains, ne songea qu'à la guerre; cpi'elle soit voti-e unique science , votre seule occupation. Laissez , laissez les autres peuples cultiver un sol ingrat qu'ils arrosent de leurs sueurs; laissez-les s'occuper du soin d'acquérir des trésors par le commerce , par l'industrie , par toutes ces viles inventions de la faiblesse : vous moissonnerez le blé qu'ils sèment , vous dissi-