LIVRE VI, i5i
percz les richesses qu'ils amassent. Ils sont les enfans de la terre ; c'est à eux de la cultiver : vous êtes les fils du dieu Mars; votre seul métier, c'est de vaincre. Romains, guerre éternelle avec tout ce qui rcfiisera le joug. L'univers est votre héritage; tous ceux qui l'occupent sont des usurpateurs de vos biens : n'interrompez jamais la noble tâche de reprendre ce qui est à vous.
Ainsi parle Romulus : l'armée applaudit, le peuple murmure. On entend dans l'assemblée un bruit semblable au bourdonnement des abeilles quand elleS sortent du fond d'une ruche que l'on veut dépouiller de son miel.
Tatius se recueille un moment, regarde le peuple avec des jeux attendris; et, debout / sur le tribunal où il siégeait vis-à-vis de Romulus , il lève son sceptre d'or en demandant qu'on l'écoute. Son air vénérable, ses cheveux blancs , la bonté , la douceur, peintes dans ses yeux , impriment un saint respect. Romulus , inquiet et surpris , jette sur lui des regards farouches ; ses noirs sourcils se rapprochent, la colère est déjà sur son front. Tel, dans l'assemblée des dieux; la îerrible Tupiter regarderait Saturne s'opposait ^ ^ae décrets .
V?a NUMA POMPILÎUS.
iloi , mou égal et mon collègue , lui dit le bon Tatius , il n'est pas un seul Romain qui admire plus que moi ta valeur , tes talens guerriers et ton amour pour la gloire. Je jouis de tes triomphes autant que toi-même, et j'aime à me rappeler que, dans le long cours de ma vie, je n'ai pas vu de héros que je ^>uisse te comparer. Mais ce beau titre de héros ne suffit pas quand on est roi : il en est un plus doux, plus glorieux, c'est celui de père. Regarde cette portion de tes sujets revêtus de cuirasses et armés de lances; es soat tes enfans sans doute , et tu les traites comme tels : mais regarde cette portion, dis fois plus nombreuse, couverte de misérables lambeaux, parce qu'au lieu de se vêtir, ils ont pajé ces cuirasses brillantes ; ce sont aussi tes enfans, et tu les traites en ennemis : tu leur enlèves leur pain , leurs fils , leurs époux; tes laurier» «ont baignés de leurs larmes , chacune de tes victoires est achetée de leur substance et de leur sang. Romulus', il est temps de les laisser respirer; il est temps que tu permettes de vivre à ceux dont les pères sont morts pour toi. Cesse donc de faire égorger des hommes , cesse surtout de dire que c'est pour accomplir les décrets des dieux. Les dieux ne peuvent W)iiloir f.'ue le bonheur des humains : leu»