LIVRE VI. i
cirons avec son armée, nous embrasserons in teri'e , et nous verrons si ces barbares oseront fouler aux pieds leur roi , leurs mères el leurs cnfans.
A ces mots, toute l'armée jette un cri. Non, jamais! non, jamais! dit-elle. Chaque soldat jette ses armes , cîiacjue soldat se mêle avec le peuple, tombe à genoux, embrasse sa mère ou son fils , et crie avec eux : La paix !
Le terrible Romulus , forcé de céder pour la première fois de sa vie , dissimule sa fureur, accorde une trêve d'un air farouche, et se l'ctire précipitamment dans son palais. Il était toujours suivi de ses gardes, nommés Céières, qu'il avait créés pour être sans cesse près de lui.
A peine a-t-il quitté l'assemblée, qu'exhalant la colèi-e qui surchargeait son cœur , i\ -éclate en imprécations contre Tatius , et laisse échapper dans son transport ces paroles indiscrètes qui causèrent tant de malheurs : Jusques à quand ce vieillard importun mettra-t-il des entraves à ma gloire ? Je n'ai donc pas un ami qui puisse m'en délivrer! Ces mots affreux ne furent que trop entendus par les Céières.
Hersilie avait suivi Romulus : Numa n'avait pas osé suivre Hersilie. Appuyé contre une colonne, les yeux baissés, pensif, comparant en lui-même les vertus de Tatius avec les fu-
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reurs de celui qui allait devenir son père , il demeurait enseveli dans une profonde rêverie» Tatius s'approche de lui : Gendre de Romulus , dit-il en lui tendant la main, veux-tu me faire aussi la guerre ?
Ces paroles font couler les pleurs de Numa; il tombe aux genoux du bon roi : O mon père I s'écrie-t-il,jen'ose vous envisager; pardonnez..
Je te pardonne tout , interrompit le vieillard, si tu me promets de m'aimer toujours. Tu as disposé de toi sans me le dire ; tu as contracté une alliance peu agréable à nos Sabins : je doute que le vénérable Tullus te l'ait conseillée; mais enfin, si elle te rend heureux, nous devons tous l'approuver. ]?fuma , je voulais être ton père ; c'est Romulus qui jouira de ce bonheur : je ne puis te cacher que je le lui envie. Ah! s'il n'en remplit pas bien les tendres fonctions , si son cœur ne sent pas assez le prix d'un nom qui m'eût été si doux, Numa , mon sein paternel te sera toujours ouvert; et Tatius te devra de la reconnaissance, si tu le choisis pour t*n consolateur.
En disant ces mots , il s'éloigne , et laisse Numa interdit , plein de trouble , de remords et d'amour.
Numa dans cette agitation , espère trouver du calme auprès d'Hersilie : il court au palais de Romulus; il voit les apnrêts d^ cni> Kv»--