‹ Numa PompiliusChapitre 65 sur 131 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

née. Cette vue le transporte de joie : mais cette joie n'est pas pure; un sentiment de crainte la corrompt. Il parle à celle qu'il aime ; il entend de sa bouche l'aveu qu'il en est aimé ; et le ravissement que cet aveu lui cause ne peut chasser de son cœur un secret effroi qui le glace. Il contemple Hersilie; il trouve dans ses jeux l'amour, mais il ne peut j trouver la paix. Numa se tourmente , s'agite, il se répète cent fois que le lendemain est le jour de son bonheur : une voix s'élève au fond de son âme , et lui crie que le bonheur est loin de lui. Cette voix lui fait des reproches. Numa s'assure en vain qu'ils ne sont pas mérités ; son cœur désavoue toujours les raisons que son esprit lui donne.

Enfin , accablé de soucis , glacé de crainte , consumé d'amour, il porte ses pas vers le bois d'Égérie , où il trouva pour la première fois celle dont il va devenir l'époux. Il veut revoir ces lieux chers à son âme ; il se rappelle le songe mystérieux qu'il a fait : il espère qu'en portant ses vœux au temple de Minerve cette déesse lui rendra ce calme dont il sent qu'il a tant besoin.

Il marche; le jour était sur son déclin. A peine à l'entrée du bois , Numa entend des cris plaintifs ; il croit connaitre cette voix mourante ; et, le glaive à la main, il vole à ces dou-

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loxiveux accens...Quel spectacle frappe sa vue; Tatius mourant sous les poignards de quatre assassins. ISuma jette un cri , et immole deux de ces scélérats; les autres épouvantés prennent la fuite. Mais Tatius est frappé , son sang coule en abondance : le malheureux vieillard n'a plus qu'un instant àvivre. Numa l'embrasse en poussant des cris : il visite ses blessures, déchire ses habits, étanche le sang, soutient le bon roi, le soulève, et veut le porter jusqu'à Rome.

Arrête! arrcte I mon fils , lui dit Tatius , tes soins me sont inutiles ; je sens que je vais expirer. Je remercie les dieux de rendre mon dernier soupir dans tes bras. Numa, je meurs des coups de Romulus. J'ai reconnu les meurtriers ; ils sont du nombre des Célères; et, en me frappant, ils m'ont dit que c'étaient là les prémices de la paix que j'avais procurée aux Romains. Ton amour pour Eersilie , ton alliance avec mon assassin, te défendent de venger ma mort : mais j'attends de toi une grâce plus chère. Il me reste une fille, Tvuma; cette infortunée n'a pins de parent, n'a plus d'appui que toi seul. La noblesse de sa race, ses droits au trône des Sabins , la rendront criminelle aux yeux de Romulus : si tu ne la défends , elle périt. Juremoi donc , ô mon cher iils ! de veiller sur les jours de ma iille, d'être son protecteur, son

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