LIVRE SEPTIÈME
NcMA rapporte à Rome le corps de Tatius. Désespoir de Tatia. Numa veut accomplir le serment qu'il a fait à son roi. Romulus le lui défend. Hersilie vient trouver Numa : ses larmes , ses menaces ne l'ébranlent point. Funérailles du bon roi. Mort de Tatia. Révolte des Sabins. Précaution barbare de Romulus. Numa se dévoue pour son peuple. II est banni de Rome, Il rencontre Léa
JL A nuit avait déjà répandu ses voiles sombres , lorsque Numa reprit ses sens. L'aspect du cadavre sanglant de Tatius le glace d'une nouvelle horreur , et lui rappelle le serment qu'il a fait. Sans se repentir, sans se plaindre, il ne songe qu'à ce qu'il doit au bon roi. Craignant que son corps ne soit enlevé s'il l'abandonne un seul instant , il le charge sur ses épaules , et regagne la ville à pas lents. Arrivé aux premières gardes , il appelle des soldats sabins , leur remet son fardeau , leur ordonne de le porter avec respect jusqu'au palais de Tatia ; et d'un pas rapide , il les précède", pour prépai-er cette malheureuse princesse à l'affreuse Qouvelle qu'elle doit apprendre.
NUMA POMPILIUS. LIVRE Vif. i6r Hélas ! la tendre Tatia , inquiète de l'absence de son père , semblait prévoir son malheur. Seule , à la lueur d'une lampe , filant un vêtement de pourpre pour le plus chéri des vois , cent fois elle interrompait son ouvrage , pour compter, en soupirant, les heures écoulées depuis qu'elle n'avait vu Tatius. Mille funestes présages venaient l'effraver; une terreur secrète glaçait son âme ; sa main laissait échapper ses fuseaux ; ses veux tristes et mornes s'attachaient à la terre.
Tout à coup Numa paraît devant elle. La douleur peinte sur son front , ses pleurs , ses vêtemens souillés de sang, tout redouble l'effroi de Tatia» Elle se lève tremblante ; elle n'ose l'interroger. Fille de Tatius , lui dit le héros d'une voix entrecoupée , c'est aujoui*d'hui que vous avez besoin de cette force d'âme , de cette patience inaltérable dont votre cœur a pris l'habitude. Je viens le frapper du plus rude coup ; mais songez que , pour soutenir les maux de cette triste vie , les immortels nous ont donné la vertu et l'amitié.
Gomme il achetait ces paroles, les Sabins
arrivent , portant le corps de leur roi. Tatia
jette un cri , se précipite sur son père , et
1 tombeprivée de tout sentiment. On s'empresse ;
on la rappelle à la vie. Elle ouvre des veux
l'garés ; elle les porte sur Tatius , regarde ses larges blessures , et ne répand pas une larme : sa langue , attachée à son palais , ne prononce pas une plainte ; un poi'ds terrible oppresse sa poitrine : fixe , immobile , elle ne peut ni pleurer ni respirer.
iSuma , effrayé de cette douleur muette , fait éloigner le corps de Tatius. Alors Tatia jette des cris perçans , et verse un torrent de larmes : c'était l'espoir de Numa. Sûr que ces larmes la soulagent , il laisse la princesse entre les mains des femmes , et va donner des ordres pour que le corps du roi , après avoir été lavé dans des liqueurs parfumées , soit déposé sur un lit de pourpre ; il place lui-même des gardes autour du palais de Tatius. Après s'être iicquitté de ces tristes devoirs , il se dispose au plus pénible de tous , à celui d'aller annoncer à Romulus qu'il ne peut plus êS:re son gendre.
O combien de sentimens l'agitent tandis qu'il marche vers le palais du roi I II va perdre pour jamais celle qu'il adore, celle que personne ne peut lui ravir que lui-même ; il va renoncer volontairement à elle , le lui dire , passer à ses yeux pour un perfide , supporter toute la douleur du sacrifice et toute la hojuo de paraître inconstant. Celte idée afireuse («it