LIVRE VII. i
chanceler sa vertu : mais sa vertu reprend l'empire. L'ombre de TuUus, l'ombre de Tatius marchent à ses côtés : elles le soutiennent , elles lui crient que ce sacrifice douloureux est nécessaire; qu'il ne trouverait que l'opprobiti dans une alliance avec le meurtrier de son roi, avec l'ennemi de sa famille , dans un hymen fondé sur un parjure , et commencé sous de si affreux auspices.
Enfin il pénètre dans le palais de Romuhis : il trouve ce monarque à table , environné de ses courtisans. Les noirs soucis étaient sur son front ; l'inquiétude , le chagrin , étaient peints sur son visage : juste et première punition du crime. Romulus était déjà instruit de l'assassinat de Tatius: il craignait d'être souuconné. Tourmenté par cette crainte bien plus que par le i-emords , il gardait un sombre silence , que ses courtisans imitaient. Hersilie , debout près du roi, cherchait à dissiper son chagrin par les accords de sa lyre, et chantait la victoire du père des dieux sur les Titans.
Numa se présente devant Romulus , et ne peut s'empêcher de frémir : l'aspect de l'assassin de Tatius lui- cause une horreur dont il n'est pas maitre. Cependant il fait un effort', baisse les yeux , comme s'il eût été le coupable ; et se souvenant du respect dont les
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crimes mêmes des rois ne peuvent affranchir
un sujet , il adresse ces mots au monarque :
Rromulus , des scélérats ont fait périr ton collègue. Mes yeux ont v^a Tatius tomber sous quatre assassins. J'ai immolé deux de ces barbares ; mais les autres mont échappé , et resteront peut-être impunis jusqu'à ce que les dieux en prennent vengeance. Tu connais les liens du sang qui m'attachaient au roi des Sabins ; tu ne connais peut-être pas assez le tendre respect que j'avais pour ses vertus. Ces deux sentimens m'imposent des devoirs grands et pénibles; j'espère les lemplir tous. Roi de "Rome , j'adore Hersilie; la vie ne m'est rien sans elle : mais j'ai promis, j'ai juré à Tatius expirant de devenir l'époux de sa tille; j'accomplirai mon serment. Je viens te rendre ta parole, je viens lenoncer au seul bien qui m'est cher, et te demander ton consentement pour que je sois à jamais malheureux.
Ainsi parle xHuma ; et ses yeux restent attachés à la terre. Romulus , étonné, demeure un moment sans répondre ; Hersilie , interdite , laisse échapper sa Ivre de ses mains ; les courtisans , immobiles , attendent , pour se réjouir ou s'affliger, que Romulus ait manifesté ses sentimens.
Enfin le terrible roi se lève en ietaat sur