LIVRE VII
et maliieureuse , Lii répond en rougissant qu'il est le maître de son sort. Numa lui eugage sa foi ; et , devenu plus sûr de lui par les menaces de Romulus que par tous les efforts qu'il avait faits sur lui-même , il ne s'occupe plus que des funérailles du bon roi.
L'aurore se montre à peine , que Numa se dispose à partir avec un corps de SalDins pour aller couper sur les hautes montagnes les arbres qui serviront au bûcher : sa douleur est soulagée par ces soins pieux qu'il ne confie à personne. Mais , au moment de son départ , Hersilie se présente à lui , Hersilie lui demande un entretien secret.
Ce n'est plus cette fière amazone dont les regards tranquillem.ent dédaigneux confondaient le téméraire qui osait fixer sa beauté ; ce n'est plus cette héroïne de qui le bras invincible a fait mordre la poussière à tant d'ennemis : c'est une amante au désespoir , dont les joues sont sillonnées par les larmes qu'elle a répandues, dont les yeux, fatigués de pleurer , brillent encore à travers le nuage qui les couvre; ses cheveux, ses vètemens sont en désordre, et l'empreinte de douleur qui a terni ses attraits leur donne cependant encore une grâce plus touchante.
ISuma, dit-elle au héros, tu vois où me ré-
il58 NUMA POMPILIUS.
xluit l'amour : Hersilie vient te chercher dan* ton palais ; Hersilie suppliante vient peutêtre essujei' un refus. Ah! si tu connais ma fierté , tu dois juger combien tu m'es cher , tu
dois apprendre Mais tu ne le sais que
trop, ingrat : je veux m'épargner l'humiliation de te le dire peut-être eu vain; je veux , sans m'occuper de moi-même , netepailerque de toi seul.
Je te connais , Numa , ^e suis sûre que la défense de mon père te fera presser ton hymen avec la fille de Tatius : mais tu ne connais pas mon père , si tu penses qu'il te le pardonne. Sois certain qu'à l'instant même où tu oseras braver ses ordres , ta tête tombera sous la hache des licteurs. Cette crainte ne t'arrêtera pas sans doute : mais tu ne périras pas seul; le sang de Tatia doit couler avec le tien. Et crois-tu que ce Tatius , dont la mémoire t'est si chère , ne te demanderait pas à genoux de sauver les jours de sa fille ? Lorsqu'il te fit promettre de devenir son époux, il crut lui donner un protecteur, il crut l'arracher à tous les périls; mais si cet hjménée est pour Tatia un arrêt de mort , si ta fidélité cause sa perte , tu manques le premier aux intentions de son père , tu commets un crime envers Tatia même.