LIVRE Vn. iCu
Je ne te parle pas de moi ; de moi . ingrat qui croyais être aimée ; de moi , pour qui tu prodiguas ton sang. Hélas ! moins heureuse , je n'ai rieu fait pour IN'uma; mais il a tant de droits à ma reconnaissance , que je regarde ses propres bienfaits comme des gages éternels qui doivent l'attacher à moi. Oui , ÎNvnna , c'est pour Hersilie que tu devins un héros; c'est à <;lle que tu donnas ce bouclier céleste qui l'a l'endue invincible; c'est elle dont tu sauvas les jours en te jetant au-devant du trait de Léo ; je te dois ma gloire , je te dois la vie : et tu voudrais m'aban donner, après m'avoir impose' le devoir, l'obligation de t'adorer! Pourquoi donc sauvais-tu mes jours ? pourquoi devenaistu pour moi seule le plus grand , le plus aimable des héros? réponds -moi : dis; t'ai -je déplu ? as-tu quelque reproche à me faire ? ne t'ai-je pas marqué assez d'amour? Ah; pardonne à la fille de Romulus , a celle qui n'avait jamais baissé les yeux vers les rois qui l'ont adorée : pardonne-lui d'avoir voulucacherles premiers feux dont elle ait brûlé. Va, j'en ai souflfert plus que toi ; la violence que je faisais à mon cœur me punissait assez de mon orgueil. Cet orgueil , tu vois ce qu'il est devenu : regarde moi, je suis à tes pieds, je pleure à tes Rama.' * i5
ijo NUMA POMPILIUS.
genoux. Numa; baisse les jeux, reconnais Hersilie , et ose te plaindre de sa fierté.
Numa, respirant à peine, craignait de regarder Hersilie : il ne se sentait que trop affaibli par le seul son de sa voix. Numa vojait à SoS pieds celle qu'il aimait plus que sa vie ; il l'entendait lui répéter qu'elle n'adorait que lui seul. Pendant qu'elle parlait, les résolutions du héros s'évanouissaient peu à peu , comme les neiges qui couvrent une montagne se fondent et disparaissent à mesure que le soleil en éclaire le sommet. Numa, le sage Numa, com^ mençait à goûter les raisons d'Hersilie ; sou cœur brûlant d'amour, attendri, pénétré des dernières paroles de la princesse , allait peutêtre cédjr , quand le vieux Métius , le général des Sabins, vint interrompre ce dangereux entretien.
Fils de Pompiiiiis, dit-il d'une voix triste et sévère , nos Sabins en deuil vous demandent : cepeuplfr, qui a perdu son père, veut voir l'héritier de ses vertus. Venez, prince, venez soulager leur juste douleur, en leur promettant de les aimer comme Tatius le» aimait , en leur jurant de soutenir et de défendre la digne fij le du meilleur des rois.
Aussitôt on entend aux portes du palais les cris , les gémissemens de tout le peuple. A tra-