‹ Numa PompiliusChapitre 73 sur 131 · LIVRE vir · texte numérisé non relu

LIVRE vir

T€ux sur Méîius , et va consoler les SaLins. Mais cependant alarmé des menaces d'Hersilie , et craignant encore un crime de la part de Uomulus , il ordonne au vieux général de veiller avec des gardes sur le palais de Tatia. Bientôt il part, suivi d'un corps de troupes, pour aller dépouiller les montagnes de leurs pins consacrés à Cybèle , des frênes qui , façonnés en javelots , s'abreuvent du sang des mortels , et des peupliers élevés , et des mélèses odoi'iférans. Tout retentit des coups redoublés de la hache. Les tristes cyprès roulent dans les vallées ; les aunes chéris de Neptune , les hêtres aimés des bergers , descendent avec fracas. On les dépouille de leurs verts branchages ; leurs troncs noueux sont roulés sur les bords du Tibre, où déjà, non loin de la ville, s'élève le bûcher qui doit réduire en cendres le corps de Tatius.

Le lendemain , on voit arriver ce corps revêtu de la pourpre royale , et porté par les principaux des Sabins. Mille jeunes guerriers le précèdent. Ils s'avancent les armes renver» sées , la tête basse , marchant d'un pas lent au son lugubre d'une trompette aiguë. L'inconsolable Tatia, enveloppée de voiles funèbres , couronnée de cyprès , jette sur le cercueil des âeurs trempées de ses larmes. Numa , vêtu de

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deuîl comme elle , soutient ses pas chancelan-* , ia console en pleurant lui-même , et veille sut «on désespoii'. Tout le peuple sabin , qui se presse autour d'eux, fait retentir la campagne de cris et de lamentations.

Métius surtout, le vieux Métius, depuis soixante ans l'ami , le compagnon de son roi, Métius se frappe la poitrine , arrache ses cberenx blancs , en se laissant tomber sur la terre : O mon maître ! s'écrie-t-il ; ô le meilleur des monarques î la cruelle parque ne m'a donc épargné que pour te voir descendre au tomieau , pour perdre à la fois mon ami , mon père, mon xlri! O Tatius , Tatius ! toi que j'ai vu dans ma jeunesse afîronter tant de fois la mort ; toi que j'ai vu , entouré d'ennemis , trouver toujours la gloire , et jamais le trépas ; c'^st au milieu de ton peuple , c'est au milieu de tes enfans que des parricides t'ont frappé ! Ce cœur, sans cesse ouvert aux malheureux , a été percé par des ingrats : et les dieux ne t'ont pas secouru ! les dieux ont laissé périr celui qui était sur la {erre l'image de leur bienfaisance 1 O ïatius , Tatius î je suis encore le moins à plaindre de tous ceux qui te pleurent ici; j'ai l'espoir de te survivre le moins longtemps.

J^ls étaient les regrets de Métius : tout le

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peuple , qui s'arrêtait pour les entendre , lui répondait par des sanglots et par de longs gémissemens.

Enfin on dépose le corps sur le bûcher; ou immole les victimes. Numa répand sur la terre deux vases remplis ^e vin , deux de lait , deux de sang : libations agréables aux mânes. Ensuite il appelle à grands cris lame de Tatius ; et, détournant son visage, il baisse les flambeaux pour mettre le feu au bûcher. La flamme pétille aussitôt , en s'élevant à travers les mélèses. Le peuple redouble ses cris , les soldats élèvent lenas boucliers : mais Numa commande le silence ; et , regardant avec un respect religieux le visage pâle de Tatius , qui n'était pas encoi-e atteint par les flammes :

O le plus juste des rois, s'écrie-t-il , je t'ai promis , à ton dernier moment , de devenir l'époux de ta fille; je t'ai juré de vivre pour l'aimer, pour la défendre : je viens accomplir mon sennent. Ce bûcher sera notre autel : c'est sur cet autel sacré , en présence de tes mânes, devant ce peuple qui te pleure, à la lueur de ces torches funéraires, sous les jeux des divinités redoutables au parjure , que j'engage ma foi à Tatia. Oui , Sibins , que ks dieux vengeurs , que vous-mêmes , que tous les amis de Tatius me punissent, si , pendant

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tout le cours de ma vie , je ne suis pas occupé de rendre heureuse la digne épouse que Tatius m'a donnée 1 Puisse retomber sur ma tête le sang du meilleur des rois , si je ne cherche pas à m'acquitter envers son auguste fille de • :out ce que je dois à son père !

En prononçant ces mots , il joint sa main à celle de Tatia , et veut les étendre toutes deux vers le bûcher. Mais Tatia ne peut se soutenir; elle chancelle , ses membres se roidissent ; une sueur froide découle de son front ; sa langue épaissie ne peut prononcer une seule parole ; ses lèvres , devenues violettes , éprouvent d'affreuses convulsions : Tatia tombe sur la poussière , se débat , se roule en faisant de vains efforts; et, malgré les secours de Numa et des SabinSj elle expire en poussant des cris affreux.

Tout le peuple est ému de ce spectacle. Les marques du poison sont certaines ; déjà le bruit s'en répand; déjà l'on entend un murmure confus , semblable au vent des tempêtes lorsqu'il commence d'agiter la mer. Les soldats , les citoyens , se regardent; l'indignation est sur leurs visages ; la colère enflamme leurs cœurs ; les noms de Romulus et d'Hersilie sont prononcés avec imprécation. Bientôt un cri général se fait entendre; tous les Sabins »c

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