LIVRE VIT
pressent autour de Numa! Vengez-nous I s eciient-ils ; rençez Tatius et sa fille 1 ils sont morts des coups de Romulus : conduisez-nous contre ce roi barbare; la nature, la religion vous l'ordonnent. Marchons tout à l'heure vers Rome; détruisons cette ville impie, toujours si funeste aux SaLins.
Numa, le vertueux Tourna , entouré, pi-essé par ce peuple au désespoir, excité par le spectacle de la mort affreuse de Tatia , emporté par cette juste horreur que donne le crime à nue âme pure, Numa oublie (jue c'est aux dieux seuls à punir les rois ; et , dans un premier transport dont il n'est pas maitre , il inarcbe vers Rome à la tète des Sabins furieux.
Mais le prudent Romulus avait prévu cet orage. Instruit que, malgré sa défense , Numiï remplirait ses sermens ; excité par la cruelle Hersilie ; voulant venger à la fois sa fille et son autorité méprisées , le rot de Rome avait fait mêler un poison trop sûr dans le peu de nourriture qu'avait pris la fille de Tatius. Ainsi les crimes naissent des crimes ; ainsi toujours un premier forfait conduit à un forfait plus grand.
Romulus , qui craignait une sédition , ne voulut pas se trouver aux fxinérailles , pour mettre Rome en sûreté. Déjà les porte» sont
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fermées, les murs bordés de soldats. Le barbare Romulus imagine un rempart plus sûr encoi'e pour arrêter les révoltés : il fait saisir dans leurs maisons les femmes , les enfans , les vieillards sabius , qui n'ont pu suivre le coips de leur roi ; il les place sur les murailles , et couvre de leurs corps ses soldats.
Les Sabins arrivent , guidés par la fureur , criant vengeance , brandissant leurs javelots^ Mais ils s'arrêtent , saisis d'effroi , en reconnaissant ces vieillards , ces mères , ces enfans , qu'il faut percer de leurs traits avant d'atteindre aux soldats du roi de Rome. Un silence profond succède tout à coup à leurs cris ; ils se regardent , ils demeurent immobiles la 'bouche ouverte , le bras tendu : les armes tombent de leui'S mains.
Ce seul moment rend à lui-même le sage Numa. Il voit l'étendue des maux que son entreprise va causer , il frémit du danger où il a laissé courir ce bon peuple ; et se précipitant dans tous les rangs : Amis ,. s'écrie-t-il , plus de vengeance ; elle coûterait trop cher à vos cœurs. Sauvez vos pères et vos enlans : ce devoir est plus sacré que celui de venger vos rois. Quoi ! vous deviendriez parricides par amour pour Tatius ? Quoi ! ces vieillards , ces tendres mères , seraient les victimes que vous