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vais-je souvent dans les villages voisins vcndru le superflu de notre laine; et je rapporte à ma mère des pièces d'argent bien inutiles pour nous, mais que nous donnons avec joie aux vieillards pauvres qui de temps en temps viennent «ous demander l'hospitalité. Vous n'avez donc qu'un seul moyen de rendre mes jours plus heureux; c'est celui que vous prenez aujourd'hui; car voici le plus beau jour de ma vie.
L'amazone souriait en m'écoutant. Hé bien, me répondit-elle, puisque ma présence seule vous manque, je viendrai vous voir quelquefois : la reconnaissance m'y oblige. Mais je ne vous dirai pas qui je suis : contentezvous de savoir que je m'appelle Camille ; et quel que soit le mystère de ma naissance , croyez qu'il est doux pour Camille de devoir la vie à Léo.
Après avoir dit ces derniers mots avec une voix attendrie, elle se lève, détache son coursier, s'élance sur son dos, me regarde, et dispai-ait.
Je demeure ivre de joie. L'intérêt touchant qu'elle m'avait marqué, le coup-d'œil qu'elle avait jeté sur moi à son départ, sa promesse de revenir, tout transportait et enflammait mon cœur. Je répétais le nom de Camille; je
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me préparais à l'apprendi-e à tous les éclios des montagnes; je TOulais le graver sur l'écorce de tous les arLres. Camille seule remplissait mon àme. Je ne vovais plus que Camille dans toute la nature.
Dès ce moment, plus de tristesse, plus d'ennui : ces déserts me parurent des lieux encliautés; ces arbres, ces locliers, cette cascade, tout prit de nouveaux charmes à mes yeux tout s'enAellit de mon amour. Il me semblait que la nature avait rassemblé toutes ses Leautôs dans cette solitude charmante : je craignais qu'elle ne me fût disputée ; j'aurais voulu pouvoir la fermer à tous les humains. Ma chaumière me sembla plus riante; je rejoignis ma mère avec plus de plaisir que je n'en avais jamais senti; nos embrassemens furent plus doux, notre entretien plus aimable et plus tendre.
Camille tint parole ; elle revint deux jours après. O combien furent rapides les iustans qu'elle me donnai cent fois l'aveu de mon amour fut prit de m "échapper , toujours il expira sur mes lèvres. Quand je regardais Camille, j'étais sur le point de parler; dès que Camille me regardait, le respect enchaînait ma lan£[ue.
Bientôt Camille vint tous les jours à In cascade. Sans lui avoir dit que je Taimais, sans
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avoir entendu de sa bouche l'aveu que j'étais aimé d'elle, nos entretiens étaient ceux de deux amans. Toujours, avant de nous i|uitter, nous convenions de l'instant de nous revoir , et chacun de nous arrivait avant cet instant. Avec quelle joie nous nous retrouvions I avec quel plaisir nous nous rendions compte de tout ce que nous avions pensé I Camille ne me parlait que de moi ; je ne lui parlais que de Camille. Ces douces conversations étaient toujours les mijmes, et nous semblaient toujours cliiTérentcs.
Camille n'avait qu'un secret pour Léo ; c'était celui de sa naissance. Que t'importe mon rang , disait-elle , pourvu que ce tendre cœur n'ait pas un sentiment qui ne soit pour toi ?
L'aimable Camille s'occupait encore de polir , de cultiver mon esprit. Elle était instruite, elle m'instruisait; elle me racontait le règne de Janus , l'expédition des Argonautes , les sièges de Tlièbes et de Troie; elle m'apprenait des vers d'Hésiode et d'Homère. Je retenais si bien ses leçons ! Tout ce qui sortait de sa bouche venait se graver dans mon âme ; je ne pouvais plus oublier ce que Camille avait dit une fois. Quel charme j'éprouvais en l'écoutant I combien je me seatais enflammer au
i^j6 JNLMA POMPILIUS.
récit ces exploits d'Achille I et quand Iloaièie
peignait Vénus , je trouvais Camille plus
belle.
Ainsi s'écoulait ma vie. Tous les jours étaient à l'amour, tous les soirs à la tendresse filiale ; car ma passion pour Camille , loin d'affaiblir mes sentimens pour Myrtale , semblait en redoubler la force. Mon cœur ne se partageait point entre mamèreetmonamante:
chacune d'elle l'avait tout entier : et c'est sans doute un bienfait des immortels , que l'amour le plus violent , quand il est vertueux , donne encore plus d'activité à toutes les vertus Je notre âme.
Ma félicité ne dura pas lonj-tcnips. Un jour se passa tout entier sans que Camille parût. Le lendemain, demi-mort d'inquiétude, j'attendais en gémissant qu'elle se montrât k mes yeux. Elle vint, mais la pâleur couvrait son front : Mon ami , dit-elle en m'abordant, notre bonheur est fini : nous allons payer par nos larmes les trop courts iostans qu'il a duré. Jxisqu'à présent je t'ai caché qui je suis : je craignais qu'en apprenant mon rang tu ne fusses efFrajé de m'aimer; et je trouvais doux d'être aimée sans que tu connusses ma naissance. Il est temps de t'en instruire : j'ai le malheur d "être ûUe d'un roi.