LIVRE Vllt. 2o
Qu'il parte , m'a-t-il dit I qu'il aille dans la Dalmatie joindre le gouverneur de mon fils , lui porter mon anneau roval et des tablettes sur lesquelles je tracerai mes ordres. Qu'il revienne ensuite avec lui ; je le recevrai comme mon véritable fils : mes peuples trompés le reconnaîtront ; vous le choisirez pour époux ; vous serez heureuse, et la paix des deux nations , votre bonheur , mon repos , seront le prix d'un mensonge excusable , puisque , sans nuire à personne , il doit causer tant de bien.
Voilà l'heureuse nouvelle que je t'apporte, ^ous serons unis , Léo ; tu régneras sur deux royaumes; nous ne nous quitterons plus; la fortune et l'amour se réuniront pour embellir nos jours. Quoi ! tu n'ep pas transporté de joie! tu ne tombes pas à genoux pour remeicier les dieux 1 Avec quelle froideur , avec quelle tristesse tu reçois l'assurance de notre j)onheurI Quel chagrin peut encore troubler
ta vie ? A quoi penscs-tu ?
A ma mère , lui répondis-je. Il faut vous perdre, ou faire mourir de douleur celle qui me donna le jour. J'en appelle à vous-même, que j'ai vue prête à immoler notre amour au repos de votre père. Dois-je abandonner Myrtale ? dois-je la privei du seul appui qui lui
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leste ? iVous la comblerons de biens , interlompit Camille. Mais vous lui ôterez son fils I m'écriai-je; mais vous forcerez ce fils à la renoncer pour sa mère ! Cette seule idée me fait horreur. Non , Camille , il n'est point de royaume , il n'est point de bien au monde qui raille ce sentiment , premier bienfait de la nature, premier plaisir qu'éprouvent nos cœur-s. Je no puis consentir à le bannir du mien , à feindre même qu'il en soit banni.
Mais ce ne serait pas le seul crime que je commettrais en prenant le nom du prince des Maruces. Quoi ! les peuples m'obéiraient par une fi-aude ! je serais roi par un mensonge ! Ah ! si les rois légitimes ont de si grands devoirs à remplir , sils sont responsables envers la divinité de tout le bien qu'ils n'ont pas fait , de tout le mal qu'ils ont laissé faire , combien serait plus effrajant le compte que j'aurais à rendre , moi , parvenu au trône san? y être appelé par les dieux 1 moi, pour ainsi dire , voleur de mon rang , et pour qui chaque hommage du dernier de mes sujets serait un reproche de mensonge î
Non, Camille, non : vous êtes le premier des biens ; le ciel et mon cœur me sont témoins que je donnerais ma vie entière pour rivre un seul jour votre époux. Mais ce bon-