LIVRE VIII. ao
heur si grand , ce boiilicur tlont la seule idée enivre ma raison , n'en serait plus un pour moi, si ma conscience n'était pas tranc|uiJif, Heureusement pour la vertu , on ne peut <»nùter aucun plaisir sans la paix qu'elle seule donne. Assis sur le trône avec vous , j'y serai ; malheureux par mes remords ; j'aime mieux l'être par la fortune. Abandonnez-moi dans ce désert : il est plein de vous , j'y pourrai vivre. Ici , je vous pleurerai toujours ; mais je ne pleurerai que vous : ma vertu me sera restée. Adieu , Camille : retournez dans le palais de votre père; oubliez un infortuné; et que le plaisir qu'éprouve une grande âme à remplir son devoir vous rende moins sensible à la pitie qu'un mallieui-eux vous inspire.
En disant ces paroles , je baissais les veux , et je m'efforçais de cacher mes pleurs. Camille m'écoutait attentivement, me regardait avec des jeux fixes , et fut long-temps sans me répondre. Enfin, saisissant ma main, qu'elle pressait avec force : Je t'adore , me dit-elle , et ta vertu met le comble à l'amour extrême , à l'amour éternel que tu m'as inspiré. Mais je t'approufe , Léo ; et dèi ce moment je renonce à toi. Oui, jy renonce, en te répétant, en te jurant, que j'emporterai dans le tombeau le sentiment qui nous unit; que ton image vivra
Hiinaa.' ^o
2o6 KUMA POMPILIUS.
dans mon cœur tant que ce triste cœur palpitera : et si je succombe à ma douleur , comme je l'espère, comme je le demande aux dieux, je t'adresserai mon dernier soupir.
En disant ces m.ots , elle me quitte , sélance sur son coursier, prononce adieu d'une voix étouffée , le répète trois fois en me tendant les bras , se met en marche , et se retourne pour regarder encore , avec des yeux nojés de pleurs, ce rocher, cette cascade, cette place où nous nous étions si souvent assis ; elle semble aussi leur dire adieu. Enfin , me jetant un dernier coup-d'œil de tendresse et de douleur, elle disparait.... Ami, depuis ce jour fatal , je nai jamais revu Camille.
Léo s'arrête en cet endroit : deux ruisseaux de larmes coulent de ses yeux; un poids terrible l'oppresse. iNuma le serre contre sou sein ; les deux, héros restent embrassés saus prononcer une parole. Eufin Léo fait un vi fort, dévore ses soupirs, étouffe ses sanijlot . et continue son récit.
Je voulus cacher à ma mère le sacrilîce que je lui avais fait : il n'aurait pu augmenter sa tendresse , il aurait augmanté ses pdiies. Jemplovai tous mes efforts pour lui déguiser ma douleur. Je passais les jours à pleurer sur ce même rocher , dans ces mêmes lieux où j'avais