LIVRE VllI. ao
vu Camille. Des que je regagnais la chaumière , je m'eflbr^;ais de prendre un air serein , je composais mon visage ; et , quand je ne pouvais dérober ma tristesse aux yeux clairvoyant d'une mère, j'inventais un motif qui n'affligeât pas trop Mvrtale , j'imaginais un chagrin dont elle pût me consoler.
Ainsi se passèrent deux mois sans recevoir de nouvelles de Camille , sans que mes maux fussent moins douloureux que le premier jour. Hélas! j'eus bientôt d'autres peines ; ma mère tomba malade. J'essayai , pour la guérir , tous les simples de ces montagnes : mais son heure était arrivée. Elle se sentit près de sa fin; et, m'appelant d'une voix faible, elle me dit ces paroles , qu'il me semble encore entendre : Je t'ai trompé, Léo; je ne suis point ta mère. Je te demande, au lit de la mort , de me pardonner un mensonge qui lit la douceur de ma vie. Contrainte de quitter ma cabane pour fuir les cruels Péligniens, qui nous faisaient alors la guerre , j'arrivai sur ks bords du fleuve Aternus , dans le village d'Avia, que ces barbares venaient de brûlev : ru milieu dos afi'reux débris de l'incendie et du carnage, parmi des monceaux de corps morts, je t'aperçus dans ton berceau, pclic , couvert de sang , percé d'un poignard t ui
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était resté dans ton sein. Ta beauté m'intéressa , je mis ma main sur ton cœur , je sentis qu'il Lattait encore. Je t'emportai drns ton berceau, je te guéris de ta blessure ; je pris soin de tes faibles jours : tu m'appelas ta mère , et je n'eus jamais la force de renoncer à ce doux nom. Il m'abandonnera , me disais-je , s'il apprend qu'il n'est pas mon fils : j'ignore quels sont ses parens; ils ne pourraient l'aimer davantage : laissons durer une erreur qui , sans le rendre malbeureui , me fait seule supporter la vie. Yoilà quel fut mon motif. Pardonnemoi ma faiblesse : tu m'aimais si bien , mon cher fils , que tu me rendais toi-même impossible un aveu qui m'aurait coûté ta tendresse. A ces mots , je la serrai dans mes bras , je la l^aignai de mes larmes. Mon cher enfant , me dit-elle , il faut nous quitter : sèche tes pleurs, ils rendent cette séparation plus cruelle. Songe, pour te consoler, que toi seul m'as rendue heureuse ; songe que c'est par toi seul que mes jours se sont prolongés. Hélas, que ne puis-je être sûre que les tiens couleront paisibles 1 Tant que j'ai vécu, j'ai tremblé que ta véritable mère ne vint m'enlever mon fils : à présent que je vais mourir , je voudrais pouvoir te la rendre. Prends cette pierre précieuse , sur laquelle est gravé un nom en caractères qui me
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sont inconnus. Cette pierre était à ton cou le jour où je sauvai ta vie. Je te l'ai cachée juscu'à ce moment : puisse-t-ellc te faire reconnaître l'heureuse mère qui te porta dans son Siin I Ahl si tu la revois jamais, dis-luri com- Llon j'ai envié son bonheur; dis-lui que m» tendresse m'en rendait peut-être digne , et par- <!onnez-moi tous deux de t'avoir appelé mon l'is. Adieu , mon fils , mon cher fils , permetsle-moi encore, ce doux nom. Approche-toi, viens ; c^ue ta main ferme mes jeux, et qu'avant d'expiier je t'entende encore une fois m'appelei l.i mère.
O ma mèreî m'écriai-je, ma tendre mère! je suis toujours votre fils , je le serai toute ma
vie : c'est en vain Elle n'étrut déjù plus;
(!éjù l'impitovaLle mort sVtait emparce de sa proie
Je ne te peiudral point ma douleur : nos cœurs se ressemblent, Numa, et tu n'as pas oublié ce que tu souffris à la mort de Tullus. lues mains dressèrent un simple bûcher, où le corps de Mjrtale fut réduit en cendres. Je recueillis ces cendres dans une urne que je creusai moi-même; je l'enterrai dans un tombeau de gazon que j'élevai non loin de ma cabane; et j écrivis sur une pierre dont je couvris le tom- Ixiiiu : Ici nErosi: Myrtàle. Passant, si tv
aïo NUMA PpMPILIUS.