‹ Numa PompiliusChapitre 84 sur 131 · LIVRE VIII. 2X · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. 2X

visage de Numa; lorsque Léo parlait de Camille et de son amour, Numa sentait couler sts larmes.

Cependant le soleil nll;:it se cacher dans le sci:i de Téthys; les deux amis résolurent de ])asscr la nuit dans cette grotte. Ils allèrent cueillir quelcjues fruits dans le vallon , et revinrent attendre le sommeil. JXotre voyage est Uni , disait Numa , puisque nous nous sommes trouvés. Demain nous déciderons de quel côté nous tournerons nos pas. J'avais quelque désir de voyager dans la Grèce , pour m'instruire des mœurs des dlffcrens peuples , et devenir , par cette étude , plus sage et plus vertueux.

Ami, lui répondit Léo, si les hommes aimaient la vertu , sans doute on gagnei'ait à les connaître , et je te dirais ; Parcourons le monde ; nous serons meilleurs à notre retour. Mais que verrons-nous dans la Grèce ? que trouveronsnous partout ailleurs? des royaumes composés d'esclaves , et gouvernés par des tyrans ; des républiques qui se déchirent , et dont les citoyens , pour prouver qu'ils sont libres , s'égorgent mutuellement; quelques grands hommes persécutés , chassés , bannis , et regrettant moins lapatrie que les honneursqu'ils aimaient plus qu'elle ; des philosophes qui se disent sages, et qui tioublent sans cesse leur vie par

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de vains argumens dont eux-mêmes ne sont pas sûrs : partout enfin les peuples opprimés , 'es vertus négligées , et l'ambition ou la vanité régnant en despotes sur les hommes que l'on admire le plus. ]!Suma, qu'aurons-nous gagné dans nos voyages? Nous en reviendrons peutêtre avec des vices de plus. Ya, le Créateur de l'univers n'a pas voulu que , pour devenir sage , l'homme eût besoin de parcourir le monde , ie consommer la plus belle moitié de sa vie en s'efiforçant d'acquérir des vertus pour une vieillesse incertaine. Il a donné à chacun de nous , en naissant, un livre et un juge : notre conscience. Vivons en paix avec elle , nous savons tout.

Hé bien, lui dit Xuma, ne quittons point l'Italie , retournons dans tes montagnes , allons habiter ta chaumière , allons retrouver ton troupeau. Je labourerai tes déserts ; je garderai tes brebis ; je pleurerai avec toi sur le tx)mbeau de Mjrtalc ; je te pî^-lerai tous les jours de Camiiie , à cette cascade que je connais déjà -, et si la tendresse maternelle t'a fait passer d'heureux jours dans cet asile, la consolante amitié peut j adoucir tes chagrins.

Il dit. Léo« embrasse : tous deux ?e mettent en marche. Ils traversent le pays des Èques dans toute sa loniiucur; ils passent le rapide

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