LIVRE VlII
un saint respect, un penchant plus teaJrr , plus vif que le désir même.
Numa la voit, et s'arvéte. Il n'est point surpris , il n'est point troublé ; son cœur ne palpite pas avec plus de vitesse : il éprouve un plaisir doux qui n'égare pas sa raison : l'idée de l'amour est loin de sa pensée. Il ne prend point cette bergère pour une déesse ; ses sen9 calmes et ravis ne lui exagèrent rien : en ne voyant que la vérité , il voit dans cette inconnue la plus belle des mortelles, et san« doute la plus vertueuse.
Il pénètre doucement à travers les arbustes : il s'approche d'elle , et veut regarder le livre qu'elle tenait dans ses mains ; mais les caractères lui en sont inconnus. Numa se retire avec précaution. Toujours caché derrière les feuillages , il voit s'avancer un vieillard vénérable , appuyé sur un bâton noueux : des cheveux blancs couvraient son front, sa longue barbe descendait sur sa poitrine , son visage sillonné de rides conservait un air de grandeur que les chagrins et la vieillesse n'avaient pas encore effacé. Ma fille , dit-il à la bergère , voilà le coucher du soleil, allons remplir les préceptes de notre divine loi. A ces mots , la bergère se lève, et fait voir à Numa sn t.Tille majestueuse. Ses yeux bleus regardent son pcrcj elle lui tend la main en souriant : îe
2i6 NUMA POMPILIUS.
vieillard, appuyé sur son bras, retourne à pas lents vers une caljane Làtie dans l'intérieur du bois.
r\uina, qui n'ose les suivre, examine tous leurs mouvemens. ïl les voit laver leurs maiu3 dans une source d'eau pure; ensuite ils entrent dans la cabane , et le vieillard en sort bientôt avec un autre habit que celui qu'il portait. Sa longue robe a fait place à une courte tunique ; une ceinture de plusieurs couleurs est passée autour de ses reins ; son visage est à demi -voilé. Il tfent un vase d airain dans lequel brûle un feu ardent; il le pose avec respect sur une pierre polie. Sa fille le suit, portant des parfrims , des racines, et un léger faisceau de branches sèches. ïou« deux à genoux jettent ces offrandes dan» le feu, l'attisent avec des instrumens d'or, et prononcent une prière dans une langue inconnue.
Bientôt Te vieillard se relève; il emporte le vase avec le même respect. La jeune bergère va rassembler le troupeau dispersé dans la prairie , l'enferme dans un parc fermé par des claies , et retourne près de son père , tandis que Numja, plein de surprise et de joie, se presse de rcjoindx'e Léo.
FI» DU HUITIÈME LIVRE. y