‹ Numa PompiliusChapitre 88 sur 131 · LIVRE IX. âi · texte numérisé non relu

LIVRE IX. âi

admirait sa beauté , ses grâces naïves , sa politesse douce et franche; mais il était surtout frappé de la piété filiale, de l'adorable candeur qui , sans chercher à paraître , paraissait malgré la bergère jusque dans ses moindres actions. O combien l'on est heureux d'être son frère ! disait en lui-même Numa. Son respect pour Anaïs ne lui permettait pas d'autre vœu.

Léo était plus occupé du vieillard que de sa fille : il se sentait entraîné vers lui par un charme secret dont il ne pouvait se rendre compte : ses cheveux blancs , ce visage vénérable où l'on voyait k la fois l'empreinte du malheur et de la vertu, cette gravité noble et qui n'avait rien de sévère, tout inspirait à Léo un sentiment de respect mêlé de tendresse. Le vieillard , de son côté , fixait sur lui sa débile v-ue; il le considérait avec attention , regardait ensuite Anaïs , et semblait comparer leurs traits. Au milieu de cet examen , il soupirait , le fruit qu'il tenait échappait de sa main ; ses yeux se remplissaient de larmes , et le tendre vieillard se hâtait de les essujer pour regarder encore le héros marse.

Anaïs, qui n'était jamais un seul Instant sans veiller sur son père , s'aperçut de l'émotion qu'il éprouvait; l'attribuant à de tristes

sourenirs , elle prend sa Ivre pour les distraire. Ses mains délicates l'ont bientôt mise d'accord ; sa voix douce et touchante se fait entendre : Numa, Léo , le vieillard lui-même, écoutent dans le ravissement.

La belle An aïs chante le monde créé par la parole d'Oromaze ; le soleil allumé par son souffle pour féconder la terre , faire naître les moissons , les arbres , les plantes , tous les véigétaux salutaires: l'homme créé pur, immortel, déchu de cet heureux état, et corrompu par Arimane , auteur de tout le mal qui est dans l'univers ; cet ennemi du genre humain , aussi ancien qu'Oromaze , empoisonnant les sources du bonheur, mêlant des maux sans nombre à tous les bienfaits de l'Être suprême, et répandant sur la terre les vices avec les douleurs ; enfin le législateur envojé par le ciel même pour combattre et vaincre Arimane, pour soutenir l'homme abattu, pour le ramener au vrad culte , et faire revivre dans son âme le germe de la vertu que les crimes avaient étouffe'.

En cet endroit le vieillard jette un coupd'ceil sur Anaïs : Aoaïs ne prononce pas le nom du législateur.

?^uma et Léo se regardent, admirent ks Itterveilles qu'ils ont entendues, reconnais-

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