‹ Numa PompiliusChapitre 89 sur 131 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

sent quelques dogmes communs avec leur leligion. Mais leur âme est surtout é"mue de la touchante simplicité, de la sublime morale qu'Anaïs a su mêlera son récit: sa voix tendre, son recueillement, son air de respect, en ont encore doublé le charme. Numa se croit transporté dans le palais des dieux mêmes : il lui semble entendre Minerve annoncer des mystères nouveaux.

Cependant les deux voyageurs vont se li~ vrer au sommeil , et , le lendemain , dès l'aulore , ils se disposent à partir. Un intérêt , une amitié secrète , leur font regretter cette cabane ; ils voudraient j passer leurs jours : Anaîs et son père le voudraient aussi. Anaïs va dépouiller le verger pour donner des fruits à Numa : le vieillard oblige Léo d'emporter du vin dans une outre. Tous deux instruisent les vojageurs des sentiers les plus faciles ; ils leur recommandent surtout de revenir dans ce vallon; Numa et Léo s'j engagent; enfin ils se mettent en marche le cœur oppressé de soupirs.

Les deux héros, sans se parler, retournent souvent la tête vers la cabane qu'ils i-egrettent. Chacun d'eux , en silence , rappelle à sa mémoire tout ce qu'il a vu, tout ce qu'il a entendu. Cette relicriou inconnue dont Anaïs a

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chanté quelques mystères , cette prière devant le feu dans un langage sacré , tout confond leurs idées , tout dérange leurs conjectui'es. Léo s'étonne de l'intérêt secret qu'il éprouve pour un inconnu qui semble n'être pas né dans l'Italie ; Numa ressent pour Anaïs une amitié plus tendre que l'amour même.

Enfin ISuma rompt le silence , et propose à son ami de retourner sur leurs pas pour se fixer luprès d'Anaîs. Léo le désire autant que lui; mais Léo veut revoir son ancienne chaumière , ot pleurer encore une fois sur le tombeau de Myrtale. Numa respecte ce désir. L'émotion qu'ils éprouvent tous deux, leur rappelle des souvenirs tristes : Léo parle de Camille; Numa compare Hersilie avec la modeste Anaïs. Une tendre mélancolie s'empare d'eux, ils pleurent ensemble et se consolent mutuellement. O charme de l'amitié , qui mêle de la douceur aux chagrins qu'on se communique, et qui des peines mêmes sait faire naître un plaisir 1

Enfin , après trois jours de marche , Léo découvre sa cabane. A cette vue , il s'ai'rête ; ses forces l'abandonnent. Bientôt , soutenu par Numa , il s'avance ; et chaque arbre , chaque place , chaque objet qu'il reconnaît , lui rappelle un doux souvenir. Là il jouait avec Myrtale , là il écoutait ses leçons ; c'est ici qu'il

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