‹ Numa PompiliusChapitre 91 sur 131 · LIVRE IX. aa · texte numérisé non relu

LIVRE IX. aa

répète, C'est moi; lui dit de ne pas pleurer, lui sourit avec tendresse , et , en souriant , elle pleure elle-même : son visage, inondé de larmes , peint cependant la joie et le bonheur; semblable k ces nuages d'or qui font tomber sur les fleurs une douce pluie , tandis que le soleil , faiblement éclipsé par eux , les perce de ses rajons , et brille encoie à travers les perles liquides qu'ils répandent.

Après les premiers momens donnés à l'amour, à la joie, Léo conduit sa chère Camille au même endroit , à la même place où jadis ils se parlaient de leurs amours. C'est ici , c'est ici , lui dit-il , que je veux entendre le récit de ce qui vous est arrivé. Parlez devant ^cet ami : il est instruit de tous nos secrets , il lit dans mon cœur comme moi-même ; et vous lui donnerez bientôt le vôtre , quand vous connaîtrez ses vertus.

Camille jette alors surNuma un regard plein de douceur; elle s'assied entre les deux héros, et satisfait ainsi leur impatience.

Les dieux m'ont été favorables : ils m'ont préservée d'un h^Tnen que je redoutais plus que la mort. J'avais pourtant obéi à mon père; je l'avais sauvé d'une guerre qu'il n'aurait pu soutenir. Le roi des Maruces s'était retiré dans S€S Etats; j'étais partie avec les ambassadeui'S

aafî NUMA I-OMPIUUS.

de Télémante sur ua vaisseau salentin que m'avait envoyé ce prince. Je ne te dii-ai point, mon cher Léo , quelles pensées m'occupaient: nos cœurs s'entendent trop Lien pour avoir besoin de s'instruire de tout ce qu'ils ont souffert.

Nous voguions à pleines voiles vers les rivages de Salente , quand , à la hauteur de Métine, des nuages épais rassemblés sur nos têtes nous dérobent le ciel et le jour. Tous les enfans d'Eole déchaînés soulèvent les vagues écumantes ; une nuit affreuse couvre la mer ; les éclairs sillonnent les nues ; la foudre , les vents, les flots, tout nous présente l'image d'une mort inévitable.

Je ne pensais qu'à toi , Léo ; je bénissais les immortels , je remerciais la tempête , je me félicitais d'échapper à Télémante , et je n'attendais plus que l'instant de voir notre vaisseau s'entr'ouvrir. Il arriva cet instant : chefs, soldats, matelots, tous furent engloutis. Moimême , je bus l'onde amère ; mais je ne perdis ni le courage ni les forces. Je levins sur les flots ; et, saisissant un débris de navire, j'osai concevoir l'espérance de sauver mes jours pou» toi. Attachée à ce bois flottant, jouet des vents et des ondes , toujours au milieu des ténèbrot , toujours entre le» bras de la mort , je me disais :

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