‹ Numa PompiliusChapitre 92 sur 131 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

lUen n'est à craindre; car je suis sûre de mourir ou de vivre pour mon cher Léo.

L'Amour sans doute veillait sur moi. La mer se calma peu à peu ; ses flots , en retombai! t les uns sur les autres , chassaient toujours vers le rivage le bois que je ne quittais point. Enfin je découvris la terre , j'abordai sans effort; et, tombant à genoux , je remerciai les dieux , bien moins d'échapper au trépas que d'échapper à Télémante. Je regardai autour de moi , je vis de hautes montagnes. Un laboureur m'apprit que j'étais dans l'Apulie, au pied du fameux mont Gargan. Ce laboureur me conduisit dans sa chaumière : trois jours de repos me l'endirent mes forces. Quelques pièces d'or que j'avais avec moi me fournirent un arc , des flèches , et récompensèrent le laboureur.

Sefule , sans autre secours que mon arc , je résolus de regagner l'Apeimin , de retrouver ta cabane. La route devait être longue , les chemins m'étaient inconnus; mais tu étais le but de mon voyage; rien ne pouvait m'effrayer. Je me mis en route sans guide , sans compagnon, marchant la nuit pour arriver plus vite , traversant les fleuves , gravissant les rochers , et ne craignant pas d'éveiller les butes farouches. Je cherchais au contraire les forêts les plus sombres, les déserts les plus sauvages.

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ide peur d'être reconnue ou de rencontrer quelque Salentin échappé comme moi du naufrage.

Ma crainte n'était que trop fondée. Sur les frontières des Samnites , dans le pajs des Frentaniens, à l'aube du jour, comme j'allais sortir d'une caverne où j'avais passé la nuit, j'entendis plusieurs voix d'hommes ; je distinguai le nom de Camille. Un tremblement me saisit: cachée dans la caverne , je prête une oreille attentive; je reconnais bientôt plusieurs soldats de mon vaisseau qui parlaient entr'eux de ma mort, et qui , se trouvant sans chef dans un pajs éloigné du leur, méditaient des brigandages.

Je ne respirais pas en les écoutant, j'étaii comme le faon timide qui, caché parmi des feuillages , voit passer auprès de lui une meute de chiens aiTumés. Je laissai partir ces soldats; et me jetant à genoux en sortant de ma caverne : O Vénus I m'écriai-je , déesse des cœurs tendres , c'est toi qui me sauvas des flots ; mais de quoi me sert ton bienfait, tant que je suis loin de celui que j'aime? O la plus belle des immortelles , souviens-toi des pleurs que l'amour t'a fait verser : ton cœur doit être touché d'une douleur qu'il a ressentie. Guide mes pas vers mon amant, daigne m'éclaircr sur le chemi»

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